Sho-oter.

La Station, Nice

Pauline Thyss

Planant dans l’exposition, les enseignes de Rémi Groussin grésillent, baignant l’espace dans une lumière bigarrée. Cet artiste construit une œuvre polymorphe : ses sculptures, installations, vidéos et performances composent un paysage artistique dans lequel se télescopent références artistiques, cinématographiques et télévisuelles. En élaborant des scénarios plastiques pensés de manière empirique en fonction de l’espace qui les accueillent, il construit une narration formelle souvent axée sur le hors-champ.

A la manière d’un apprenti, Rémi Groussin travaille régulièrement avec des artisans et des entreprises, dont il s’approprie les techniques et les compétences. S’il met l’analyse des matériaux et de leurs constituants au cœur de sa pratique, ses dispositifs sont pourtant souvent inopérants : une forme de résistance dans le travail, une sorte de contre-pied, semble empêcher l’achèvement de l’œuvre.

Pour Sho-oter, ses sculptures lumineuses, réalisées durant sa résidence avec le soutien de l’entreprise Atomic Néon, utilisent les codes publicitaires pour mieux les invalider. Dans ce contexte, Rémi Groussin s’est particulièrement intéressé à la forme des lunettes, celle-ci lui permettant de penser l’assemblage à partir d’éléments simples : deux ronds, une barre. De la déconstruction du pictogramme et de ses éléments constitutifs découlent une décomposition de la représentation schématique : la fonction du néon bascule dès lors dans le champ sculptural, le signe disparaissant au profit de la forme. Dans cette recherche processuelle, chacune des spécificités techniques de l’objet se trouve décortiquée : lumière, structure, gaz, mais également tension électrique, système d’accroche…

Pensées pour être vues de loin, les enseignes semblent ici disproportionnées par rapport à l’espace d’exposition : distordant le rapport d’échelle, elles rehaussent par leur luminosité, tantôt défaillante, tantôt éclatante, l’architecture de l’espace Leur proximité dévoile également leur façonnage, étonnamment plus artisanal que technologique : l’entremêlement de cylindres, de fils, de douilles et de ballasts révèlent la fonctionnalité brute de l’objet. Ainsi, Rémi Groussin met en place une dramaturgie antagoniste dans laquelle le mécanisme mis à nu se nimbe d’un faste ostentatoire.

Cette déconstruction questionne à terme le statut de l’objet — comment celui-ci se fabrique, s’expose, se transforme, s’épuise-t-il ? Elle est le point de départ d’un scénario artistique dans lequel le dispositif dépasse le champ sculptural pour investir ceux de la scénographie et de la fiction. Mais cette forte appétence ne fait réellement sens que parce qu’elle lui permet de distordre ses propres mécaniques processuelles et fictionnelles. En faisant ce pas de côté, il produit des œuvres dont les formes arrêtées sembleraient pouvoir muter indéfiniment vers des potentialités inachevées.

Auteur·e

Après un Master de Recherche en Théorie et Pratiques des Arts option « Science de l’Art » et un Master Professionnel de Médiation et Ingénierie Culturelle (2008), Pauline Thyss intègre l’artist-run space La Station (Nice) en 2009.
Elle y assume plusieurs fonctions : d’abord administratrice jusqu’en 2015, elle est chargée de la production et de la communication des expositions et des résidences temporaires de 2016 à 2022. Dans ce cadre, elle collabore notamment avec la Villa Arson (Nice), In Extenso (Clermont-Ferrand), Lieu Commun (Toulouse), C.A.N (Neuchâtel), Gagliardi Art System (Turin), S.N.O (Sydney), Salòn (Madrid). Elle y travaille, entre autres, avec les artistes Glen Baxter, Brice Dellsperger, Bertrand Dezoteux, Anne Lise Le Gac, Laurent Faulon, Rémi Groussin, Kristof Kintera, Olivier Mosset, Delphine Reist et We Are The Painters.
Elle assure également la communication de la galerie Catherine Issert (St-Paul de Vence) de 2013 à 2020 ; elle rédige dans ce contexte de nombreux textes, en particulier sur John M. Armleder, Pier Paolo Calzolari, Jennifer Douzenel, Hans Hartung, Min-Jung Kim, François Morellet, Pascal Pinaud, Gérard Traquandi, Vladimir Skoda et Tatiana Wolska.
Elle travaille en parallèle pour l’artist-run space Le Wonder (Bagnolet / Nanterre, 2018-2019) puis le tiers-lieu Providenza (Paris / Pieve - Haute-Corse, 2020-2022) pour lesquels elle mène principalement des missions administratives de développement.
Enfin, elle rédige depuis 2007 des textes critiques pour des artistes plasticiens comme Pauline Brun, Tom Giampieri, Emmanuelle Nègre ou bien encore Florian Pugnaire et David Raffini. Pauline Thyss est trésorière de la compagnie de danse No Small Mess des artistes Bettina Blanc-Penther et Pauline Brun depuis 2022.