Habiter.
Sébastien Dégeilh
Lia Pradal, Chambre noire, Archive blanche, 2025, livre, 28,5 x 20 cm, 88 pages, 300 exemplaires, risographie
Un séjour estival dans le Haut-Couserans nous donne l’occasion de prendre rendez-vous avec Lia Pradal, fondatrice des éditions Païen, pour mieux découvrir son travail autour d’un café.
Après des aller-retours réguliers entre Paris et l’Ariège, elle a décidé de s’installer dans un petit hameau au-dessus de Massat où elle vit et travaille à la conception éditoriale d’ouvrages photographiques depuis 4 ans. Elle est devenue une habitante ; ses livres habitent discrètement ces vallées et sont plus ou moins directement habités par ces montagnes.
En 2021, son livre Holy Mountain, (Lia Pradal & Camille Tallent, Païen, 2021) pointe par un jeu de cadrage et de couleur, les montagnes perdues dans le bleu atmosphérique des décors des peintures de la renaissance du musée des Augustins de Toulouse. Des montagnes lointaines, vues depuis et à travers l’art, depuis le 15° siècle, et que l’on aperçoit depuis Toulouse aux fenêtres de notre école, se rapprochent.
Récemment, un autre de ses livres, Chambre noire, Archive blanche, (Païen, 2025) nous fait poursuivre ce voyage jusqu’aux glaciers pyrénéens. Depuis le bureau toulousain du premier directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, Eugène Trutat, nous parcourons une série de prises de vues enneigées issues des archives photographiques de celui-ci. Longeant la Garonne, traversant les villages des montagnes, jusqu’aux cimes. De page en page se déroule un paysage transfiguré par la neige aujourd’hui en voie de raréfaction dans les Pyrénées.
Cette mise en livre d’archives iconographiques est au cœur de la pratique de Lia Pradal, qui aujourd’hui se fait d’une part l’archiviste d’une culture ésotérique ariégeoise par la collecte de revues locales alternatives des années 1970 et 1980 (en particulier la revue Cosmose) ; et d’autre part par la documentation photographique de la Chaussée des Géants, un environnement sculpté par R. Mathey pendant 25 ans sur les rives du Lez, donnant lieu à l’édition d’un “livre-hommage” . Si, comme les eaux de ce cours d’eau, les livres des éditions Païen arrivent jusqu’à nous et se diffusent de différentes manières hors et dans le Couserans, ce dernier ouvrage a vocation à ne point en quitter les rives. Ses quelques exemplaires furent uniquement destinés à être “déposés pour ses visiteurs dans l’autel de pierre de son jardin.”
Ainsi, via l’archive, la photographie et l’édition, Lia partage les différentes représentations successives, et les imaginaires concomitants — scientifiques, artistiques ou ésotériques — qui habitent le pays lui-même.