GUIDE DE VOYAGE : LA VILLE CÔTIÈRE.

Marie Gayet

Vous n’en reviendrez pas !

Découvrir les œuvres de Maxime Callen, artiste auteur et performeur, c’est faire l’expérience d’un léger décroché dans le réel. D’apparence sans conséquence, ce petit accroc qui commence à s’immiscer dans le cerveau se révèle au fur et à mesure plus perturbant qu’on ne le croit. C’est aussi ce qui donne tout le sel à son travail. Il balance constamment entre le vrai et le faux, le ludique et le sérieux, le réel et la fiction, la sincérité et le leurre, une folie douce. Que ce soit dans les réalisations où l’artiste se met en scène (Ma vie, la vraie, sur Instagram) où il raconte des éléments de sa vie sous la forme de l’autofiction Les Chroniques du garage) que dans celles avec un thème (L’Alien, jeu de rôle interactif paranormal réalisé avec une classe de primaire) ou La Ville Côtière (projet de site web narratif et plus), cette oscillation permanente entretient la confusion et l’ambiguïté entre le projet artistique et la réalité, l’air de rien.


Le Guide de voyage de La Ville Côtière que l’on reçoit par courrier porte sur la couverture une pastille « À l’intérieur un aller simple vers la liberté » et sur son revers est collée une carte d’embarquement ! Si on ne savait pas que la brochure est l’œuvre d’un artiste, on pourrait (presque) croire que ce guide de voyage en est un vrai et que la Ville Côtière existe bel et bien ! Au fil des pages, on découvre ses avantages, ses lieux de vie, son fonctionnement, ses slogans. On n’y paie pas d’impôts, la consommation des stupéfiants est autorisée, ainsi que les ameliorations génétiques; les naissances se programment in vitro et l’aide active à mourir est encadrée. Sur les photos, les gens sont heureux, le sable est fin…

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D’où vient que ça s’enraye? Tout est trop beau, trop parfait, trop hygiéniste, trop capitaliste, trop néolibéral, trop totalitaire, trop inhumain. Et comment vivre heureux dans un monde qui fait de «la proprité une règle, de la liberté un étendard et de l’égoïsme une vertu» ?


Car c’est cela aussi le programme de La Ville Côtière, inspiré en partie du Parti Libertarien ultralibéral, bien réel, qui existe aux Etats-Unis, et dont le principe premier est que rien n’est interdit ! L’aspect faussement positif du projet artistique n’en renforce que davantage sa charge critique et politique. À retourner comme un gant, pour mieux faire apparaître l’artificialité, les distorsions et la manipulation du langage. II est tout aussi possible de dire que tout est vrai ou tout est faux, et même les deux en même temps !

En prolongement du site web et du Guide de voyage en édition papier ; Maxime Callen a fabriqué récemment un triporteur avec lequel il envisage des tournées pour distribuer le Guide de voyage, des flyers thématiques et des bulletins de participation. Qui sait si certains ne seront pas tentés par un petit séjour sur la Ville Côtière ?


La promotion avec le triporteur est à suivre sur le compte Instagram de l’artiste.

Text published in Marie Gayet’s critical book Écritures transversales, Caza d’Oro, Le Mas d’Azil, 2024

Écritures transversales

Écritures transversales is the result of a research and writing residency in Occitania focusing on contemporary writing practices and writing in art. At the invitation of the Caza d’Oro art centre in Ariège, France.

Author

Marie Gayet is an independent exhibition curator, art critic and teacher. She is interested in young artists, regardless of medium, and in transdisciplinary practices, particularly in the relationship between image, text and voice. A contributor to various magazines (Esse, Artais-Art contemporain, Possible), she works for the Observatoire de l’Art Contemporain and in art market schools (Master 1 and 2 Contemporary Arts and Curating at IESA). For C-E-A, she co-organised the Public Pool events from 2018 to 2021, focusing on new writing and performance, in Paris and the surrounding region (ccc od de Tours, Frac Champagne-Ardenne). In 2022, the monograph Bruno Rousselot - Du dessin à l’espace (Bruno Rousselot - From Drawing to Space (published by Hermann) was released, which she co-authored and edited. In 2023, following the Voci Umane exhibition at the Village Reille in Paris (2022), she was invited by the Caza d’Oro art centre (09) for a research and writing residency in Occitanie, focusing on writing practices in art and performance. She is a member of the Board of Directors of C-E-A / Association française des commissaires d’exposition (French Association of Exhibition Curators) and a member of AICA France, the International Association of Art Critics, nominated for the Aica Prize in 2022.