Capri-Seum
2024
En collaboration avec Jules Ribis
Cocotte-minute, gaz, flexibles, cuivre, marmite aluminium, bidons plastique, Capri-sun® fermenté
Le dernier projet du duo (Marion Mounic et Jules Ribis) est de fabriquer de l’alcool de Capri-Sun®. Une boisson pour les ados inventée en Allemagne dans les années 60 avec eau de source, jus de fruits à base de concentré, sucres et acide ascorbique. Il s’en vend plus de 6 milliards de poches souples par an, très loin derrière coca-cola, mais pour beaucoup de consommateurs c’est une alternative au soda américain. Une sorte de pied de nez résistant, pourtant… c’est ce dernier qui commercialise Capri-Sun. Bref, encore une arnaque, trop sucrée, polluante… Un piège pour mômes. L’installation Capri-Seum pousse le curseur. Le seum est ce poison de l’âme, un dépit ou un ressentiment. Bricolage d’alambic, cocotte-minute menaçante, bonbonne de gaz, le feu et le statut de l’alcool, interdit, clandestin, caché forment un sous-texte d’une résistance claire aux venins du monde. L’action Capri-Seum n’est finalement plus réellement performative tellement un temps long est nécessaire. A Sète le dispositif et la macération, à Lisbonne la lente distillation et la dégustation pour un verre partagé qui tente de distiller le désastre qui nous hante ou nous menace.
Extrait du texte Signes disséminés de Philippe Saulle, commissaire, lire le texte en entier ici
Avec Capri-Seum, Marion Mounic détourne la boisson adolescente par excellence – le Capri-Sun® – pour en faire le vecteur d’une satire sociale et d’une résistance viscérale. Derrière ce jus fruité présenté comme inoffensif se cache une industrie massive : perçu par beaucoup comme une alternative aux sodas américains, il est en réalité commercialisé par Coca-Cola et largement critiqué pour son excès de sucre, ses emballages polluants et un marketing qui cible délibérément les enfants.
Comme l’a souligné un article du Monde, le Capri-Sun a glissé de la cour de récréation à la scène rap, devenant un « élixir ostentatoire » pour certains rappeurs français. Arboré dans des clips ou brandi comme un signe de fierté populaire, il est devenu un marqueur identitaire, entre nostalgie de l’enfance et affirmation d’une appartenance sociale. Ce déplacement, de l’innocence à l’ostentation, révèle toute l’ambivalence d’un objet banal devenu emblème culturel.
Capri-Seum creuse cette ambivalence en s’appuyant sur le double sens du mot « seum » – poison en arabe et ressentiment en argot. Marion Mounic met en scène un dispositif bricolé : alambic de fortune, cocotte-minute menaçante, bonbonne de gaz. L’alcool produit clandestinement incarne une résistance souterraine, adressée aux poisons contemporains - ceux du capitalisme, de la consommation de masse et des illusions collectives.
L’installation défie également les codes de la performance en s’inscrivant dans une temporalité longue : macération à Sète, distillation lente à Lisbonne, jusqu’au partage d’un verre comme acte symbolique. Ce rituel artisanal, loin du spectaculaire, cherche à « distiller » le désastre qui nous hante, en transformant le poison en une expérience collective de conscience et de convivialité.
En convoquant le Capri-Sun®, Marion Mounic révèle le double jeu de la culture populaire : complice d’une industrie sucrée mondialisée, mais aussi espace de reconnaissance et de résistance.
L’artiste prend à bras-le-corps cet objet trivial pour le faire basculer dans une autre dimension : celle où l’art devient un geste de distillation critique, révélant que même dans les résidus sucrés d’une boisson enfantine, se cache la possibilité d’une contre-culture et d’un acte politique.
Extrait de la notice du cartel pour l’exposition collective collective SUPERBEMARCHÉ 2, 2025, dans le cadre de Les chemins du vivants dans le cadre M28, La Fenêtre, Montpellier
Capri-Seum, 2024, installation, vue de l’exposition Sourde Résistance, dans le cadre du festival Sète-Lisbonne, 2024, photo Eloïse Legay
Capri-Seum, 2024, installation, vue de l’exposition Sourde Résistance, dans le cadre du festival Sète-Lisbonne, 2024, photo Eloïse Legay, détail
Capri-Seum, 2024, activation de l’installation et performance, dans le cadre du festival Sète-Lisbonne
Capri-Seum, 2025, installation, vue de l’exposition collective SUPERBEMARCHÉ. Papiers d’agrumes & Co, 2025, MIAM, Sète
Capri-Seum, 2025, installation et tirage encres pigmentaires sur papier Tecco Mat, 60 x 80 cm, vue de l’exposition collective SUPERBEMARCHÉ 2, 2025, dans le cadre de Les chemins du vivants dans le cadre M28, La Fenêtre, Montpellier
Capri-Seum, 2025, impression, vue de l’affichage, 2025, dans le cadre de Les chemins du vivants dans le cadre M28, Gare Saint-Roch, Montpellier
Capri-Seum, 2024, installation, vue de l’exposition Sourde Résistance, dans le cadre du festival Sète-Lisbonne, 2024, photos Eloïse Legay, détails