Entretien avec Margaux Fontaine

Thérèse Nicollon des Abbayes

Thérèse Nicollon des Abbayes : Comment as-tu pensé cette exposition à la médiathèque Grand M ?

Margaux Fontaine : Je n’avais jamais fait d’exposition dans une médiathèque, je trouve ça intéressant de sortir du musée ou d’une galerie, dont la porte peut être difficile à passer. Ce n’est pas forcément le cas d’une médiathèque, et je trouve cela très chouette, parce que je travaille pour tout le monde. Quand je travaille j’essaie de réfléchir à comment cela peut être reçu par les enfants. Donc je trouve aussi que c’est bien que mes pièces soient mises en lien avec des livres.
Concernant la tente1 ], ça lui donne une autre valeur. Moi, je l’avais pensée comme un espace de lien ou de méditation, et là ça sera plus un espace de lecture. Cela reste finalement un espace silencieux, de rêverie, mais avec d’autres outils et d’autres personnes.

T.NDA : Dans le cadre de l’exposition tu vas mettre en place un atelier, des moments de rencontre avec le public, les enfants et les familles. La transmission c’est quelque chose qui fait partie de ton travail ?

MF : Je trouve que la transmission est toujours dans les deux sens, et c’est ça qui la rend intéressante. Dans le cadre de mon travail artistique, j’ai fait pas mal d’ateliers, j’ai été aussi prof de dessin et je suis intervenue auprès de personnes de tout âge, de 6 ans à 70 ans.
Ce qui est intéressant dans ma pratique, et en regard de la collaboration avec la nature, c’est qu’elle aborde énormément le lâcher-prise. On ne peut pas dessiner de la même façon avec une soupe de clous rouillée qu’avec un feutre, un feutre choisi qui fait tel effet, etc. Il ne faut pas avoir d’attente sur ce qu’on va faire, notamment avec les tout·es-petit·es, parce qu’ils et elles ont cette liberté incroyable. L’enjeu avec elles et eux c’est de leur faire respecter les matériaux avec lesquels ils et elles travaillent, en leur disant : « Là, tu travailles avec une fleur, elle a mis une graine, elle a poussé, ça a pris tout un cycle, etc., il faut que tu la respectes, si tu veux écraser son pétale, fais attention à comment tu l’écrases… ».
Et, à partir de l’adolescence, on peut travailler sur le lâcher-prise. Quand tu écrases un pétale de rose tu n’as pas du rouge, tu as du violet, donc il peut y avoir une espèce de déception de ne pas pouvoir avoir le contrôle sur les choses. Quand tu travailles avec la nature, c’est là où la transmission se passe pour moi. Dans cet espace de lâcher-prise, où on ne peut pas avoir le contrôle sur les éléments du vivant.

T.NDA : Dans le film2 ], présenté dans l’exposition, la question du rythme a toute son importance : le rythme des saisons, le rythme du geste, avec toutes ces étapes de la cueillette, de la teinture à la peinture… On voit qu’il y a vraiment un temps long qui s’inscrit dans chaque œuvre. Comment prends-tu place dans notre univers de la rapidité, du capitalisme, de la production et du résultat ? Comment arrives-tu à conjuguer tout cela ?

MF : C’est très compliqué. Par exemple, la semaine dernière, j’ai enfin réalisé une teinture jaune sur une pièce que je suis en train de produire et je me suis rendue compte que cela faisait un an que je préparais cette teinture.
Il y a un an, j’ai acheté des graines de camomille des teinturiers. Je les ai semées en godets, je les ai vues pousser, et après avoir préparé la terre je les ai transplantées dans mon jardin. Ensuite j’ai attendu qu’elles fleurissent, ce qui a pris plusieurs mois, puis je les ai cueillies l’été dernier, je les ai mises à sécher tout l’automne et j’en avais l’équivalent d’un petit bocal.
Avec ce jaune-là, j’ai pu teindre deux ailes de papillons, (enfin deux ailes qui ne sont pas la taille d’un papillon réel !). Je trouve ça assez magique. Ça apprend aussi la patience, je trouve que c’est une pratique qui permet de travailler énormément sur soi à des endroits. La question de la santé mentale et du soin sont des questions qui me touchent profondément et je pense que finalement c’est un système de résistance d’être anti-hyperproduction. Ça contribue à une forme de soin envers moi-même, mais aussi d’invitation au soin des autres, et même au soin des matériaux qu’on emploie.
Il y a plein de savoir-faire qui ressortent, mais si on ne les conserve pas, ils risquent de se perdre. J’aimerais les connaître, notamment le filage, le feutrage… Même pour la teinture végétale et la couture, il y a une infinité de possibilités : à partir du moment où on mélange deux matériaux, où on change de geste…
Je sais que je n’aurais jamais terminé d’apprendre, donc j’ai besoin de ces temps d’expérimentation, de me tromper, de recommencer, … Mais je trouve ça sensé d’aborder cela de cette façon-là, en tout cas pour moi c’est aligné avec les valeurs que je veux porter.

T.NDA : Peut-être même que ce processus fait œuvre ? Comment est-ce que tu le documentes, comment est-ce que tu en gardes trace ? Ou bien est-ce que la trace est finalement dans l’œuvre finale ?

MF : Finalement ce n’est pas ce qui est le plus important pour moi. Dans un premier temps; le plus important c’est ce que mes images peuvent générer chez le spectateur ou la spectatrice. C’est ce qui donne du sens à ma pratique, puisqu’à la base je faisais de la peinture classique, huile, acrylique, aérosol, etc… À un moment donné je suis arrivée dans mon atelier, en me disant « Tu parles d’effondrement, mais tu es là avec tes solvants, tes tubes en plastique… ». Je me suis dit que cela n’avait aucun sens.
C’est à partir de ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait que j’arrive à faire de la peinture où le fond et la forme fonctionnent. Je n’ai pas fait de formation, j’ai été sur YouTube… Mais je pense que c’est intéressant comme ça, parce que je ne suis pas artisane.
Et c’est ça d’ailleurs ce qui est perturbant dans les ateliers. Souvent, les participants ont une idée de comment il faut faire pour faire bien, et moi je n’ai pas de réponse à ça. C’est la différence entre le travail d’un artiste et d’un artisan, je trouve.

T.NDA : L’exposition se trouve dans un cycle mené par les Abattoirs qui s’appelle Gestes, et qui réfléchit justement à la porosité entre savoir-faire artisanaux et artistiques. Est-ce que cette notion fait sens pour toi ?

MF : Alors moi je pense qu’à l’endroit de mon travail, il y a une rencontre justement entre l’art contemporain et l’artisanat. Mais ce n’est pas l’un ou l’autre. Pour moi, un artisan a un savoir-faire. D’ailleurs on m’a dit récemment qu’un rapport artisanal, c’est une méthodologie qu’on suit en boucle. Les artisans travaillent sur la base d’une méthodologie avec un cahier des charges, etc.
Moi, je n’ai pas de méthodologie, et donc j’ai des manques techniques, c’est certain. Mais en même temps j’ai une liberté beaucoup plus grande. Malgré tout, les questions des savoir-faire anciens m’intéressent de tout cœur. Je trouve que ces gestes méritent d’être réactivés, réappris. Justement dans notre société où tout va vite, ce sont des gestes de lenteur, de durabilité, de respect, d’anticonsommation, d’investissement du corps.
Mais même si au fur et à mesure de mes expérimentations je gagne en expertise, je ne pourrais pas, par exemple, teindre du même bleu exact toute une collection de pantalons. Aussi parce que ce n’est pas ma volonté.
Le geste de l’artisan me plaît et me touche, et moi je suis dans le sillon avec tout le respect que je vois dans ce geste-là.

T.NDA : Autour de la question du sens et de l’engagement, la présence du texte est vraiment forte dans tes œuvres. Dans les herbiers le texte est très présent. Et également dans le fond, ce sont des œuvres qui sont nourries de beaucoup de lectures. Cela fait partie de ton processus de travail.

MF : Oui. En fait, le texte pour moi, c’est une première approche.
Par exemple, quand j’écris « Résistance » sur les ailes du papillon, c’est un mot, c’est aussi un motif et c’est un point d’accroche pour accompagner l’image. La présence du texte dans l’image revient souvent dans mon travail et je trouve que cela fonctionne bien, comme un guide ou un indice si la personne ne sait pas trop à quoi elle a affaire.
Je lis pas mal de textes écologiques, notamment autour de la question des ZAD ou des manifestations contemporaines en lien avec le système actuel. Pas mal aussi de poésie, des textes en lien avec la nature, les plantes. Et finalement même des textes vernaculaires sur des savoir-faire ou la connaissance des plantes, du jardinage, de la médecine ancienne ou alternative.
Il y a aussi des ouvrages annexes qui viennent nourrir mon travail, notamment sur la décolonisation ou sur le care. En ce moment, je lis Politiser le bien-être de Camille Teste, qui résonne par rapport à mes questionnements. Et puis après, les classiques du féminisme et de l’écoféminisme qui sont vraiment des bases pour moi.

T.NDA : Et les titres de tes œuvres sont un peu comme des petits poèmes aussi, des haïkus.

MF : Oui, ce sont des haïkus.
Je me suis intéressée à la fabrication des haïkus à un moment donné. C’est vrai que ça crée des titres assez longs, mais pour moi il y a une cohérence puisque le titre c’est aussi un indice. Les haïkus sont un type de poésie très en lien avec la nature et en même temps très court, avec une partie de mystère et de magie qui me touche.
J’y vois aussi quelque chose de scandé. C’est un peu pour cela que nous avons choisi ce titre d’exposition, qui ressemble à un haïku et peut-être à une incantation magique aussi.
Ce que j’aime bien aussi dans les courts poèmes, c’est qu’effectivement il y a cette chose de l’incantation, du refrain. Voire du… j’ai presque envie de dire du panneau de manifestant : un carré, trois mots, on va droit au but. Le message est simple, et parfois il n’y a pas besoin de plus.

T.NDA : Et donc les images qu’on voit dans tes œuvres, ce sont toujours des images que tu vas chercher et que tu fais converser ?

MF : C’est ça. En fait ce sont tout simplement des collages d’images que je glane sur internet, ou des photos que j’ai, ou des images que je prends en photo. Je me fais des dossiers d’images par idée, et ensuite je les assemble avec un vidéoprojecteur. Je les emprunte mais je les modifie aussi, parce que finalement elles ne se ressemblent jamais. Même l’image peinte, par les matériaux avec lesquels je travaille, ne ressemble jamais vraiment exactement à ce qu’elle était à la base. Elle est toujours transformée et puis, assemblée avec d’autres images, elle vient raconter autre chose. Selon les images que je choisis, c’est entre la citation ou le fan art. J’aime bien aussi travailler avec des images populaires, parce que ça accroche le regard et on comprend de nouveaux indices. Je trouve que c’est important.

Margaux Fontaine, La fête des blanchisseuses, 2025, soupe de clous rouillés, impression végétale de coréopsis et fleurs de carottes sauvages, teinture de bruyère, garance et campêche, ruban, fil, draps anciens, 510 x 270 cm, vue de l’exposition Glaner le vivant, cueillir la révolte, teindre le mystère, médiathèque Grand M, Toulouse, 2026

T.NDA : Et là, par exemple, c’est La fête des Blanchisseuses. De quoi elle nous parle, cette œuvre ?

MF : C’était en lien avec un appel d’offre autour des lavoirs de village. Je me suis dit qu’il y avait une résonance avec ma pratique : des métiers anciens, du travail du textile, de l’eau, des communautés de femmes. Des femmes qui travaillent ensemble, qui parlent ensemble. Finalement, c’était l’ancêtre des cercles de femmes.
J’ai fait des recherches sur le travail, l’époque… À un moment donné, je suis tombée sur la fête des Blanchisseuses : une fois par an, les blanchisseuses lâchaient leur tablier, lâchaient leur lavoir, leur tissu, leur linge, et faisaient une fête de femmes. J’ai découvert que cette fête-là, c’était l’ancêtre de la mi-carême. Elle a été récupérée par la religion, qui est devenue ensuite Carnaval, qui a ensuite été récupéré par le capitalisme.
Maintenant, finalement, les espaces de carnaval, ça peut être aussi des espaces d’émancipation.
Il s’agit de la première d’une série. C’est un premier pan. L’idée c’est vraiment d’en faire quelque chose de généreux et de total. De pouvoir se balader à travers une vraie fête de liberté, avec un mélange de cultures, de genres, de croyances, de ces espaces de réunion aussi, et de communautés, d’entraide, de joie. Je trouve que c’est important aussi à créer. Donc là, je suis en train de commencer à travailler des costumes.

T.NDA : Je pense aux Fallas de Valence en Espagne, ce festival qui a des origines très anciennes et qui à l’origine portait vraiment des discours de contre-pouvoir, finalement complètement récupérés. C’est assez constant, en fait. Parce que le pouvoir n’a pas intérêt à ce que dans cet espace de fête, les rôles s’inversent, à ce qu’on se rencontre, à ce qu’il y ait des barrières qui se brisent. Donc, c’est toujours une lutte pour faire exister cela.

MF : C’est rigolo que tu parles des Fallas, parce que je les avais faites dans un cadre scolaire au lycée. Ça m’avait inspirée, notamment pour la pièce de transition entre mon travail de peintresse classique d’avant et le travail que j’ai aujourd’hui. J’avais fait une chaise à porteur, avec un personnage, disons, de pouvoir.
C’était l’époque des Gilets jaunes, donc pour les porteurs j’avais récupéré un tissu jaune fluo. C’étaient des espèces de grandes capes avec des incrustations de fleurs. C’était très, très coloré. On était entre la manifestation et le carnaval.
Je l’avais exposé à l’époque dans une galerie, aujourd’hui fermée, à Arles. La pièce s’appelait Parade. C’était à échelle 1 donc on ne savait pas si, à un moment donné, ça allait s’animer ou pas. C’était assez drôle.
À la sortie du confinement, j’ai réuni tout le monde et j’ai fait brûler cette pièce dans un jardin. C’est vrai qu’en revenant à ce travail du carnaval actuel, entre-temps, je suis passée par plusieurs autres réflexions, notamment la figure de la sorcière.
C’est un travail plus porté sur l’écologie, ou en tout cas sur le lien avec la nature et du lien entre les êtres humains. Et en revenant sur cela, je me dis finalement, même si ça a changé, cela vient échelonner tout mon travail et ma vision du monde, en fait. C’est toujours là.

T.NDA : Le personnage de la sorcière, comment il se manifeste dans les œuvres présentes pour l’exposition ? Que signifient les mots que l’on peut lire sur le toit de Flux énergétique - La forêt temple, sacrée - Cœur de nos solstices ?

MF : En fait, ce qu’il y a sur le toit, c’est le calendrier des sorcières, la roue de l’année celtique. Ça correspond aux sabbats ou aux fêtes qui existaient avant les récupérations religieuses. Par exemple, Halloween, à l’époque, c’était Sawin. Ce sont des temps de l’année qui correspondent aux solstices et aux équinoxes.
On parle de calendrier des sorcières parce que ce sont des savoirs anciens, liés à la nature. Et finalement, c’est ça qu’on appelait sorcière.
Après, je parle un peu moins de la figure de la sorcière maintenant parce qu’on en a tellement parlé, c’est devenu quelque chose d’assez galvaudé et qui a perdu un peu de son sens. Mais ce que j’aime bien dans cette figure, c’est que c’est une figure d’émancipation, en lien avec des savoirs et c’est une figure de la marge. Et puis, c’est une femme.

T.NDA : Qu’est-ce qu’elle signifie pour toi, la fée ?

MF : Pour moi, la sorcière, c’est un personnage humain. La fée, c’est, disons, la reprise d’une incarnation d’un corps humain, mais pour parler d’autre chose, en fait. C’est ce qu’on ne prend pas le temps de regarder. C’est le microscopique, la magie qui s’insinue dans les choses quand on les regarde bien.
C’est l’attention aux détails. C’est le respect du vivant. C’est l’éclosion d’une fleur.
Ce sont les petits insectes quand on retourne la terre dans un rayon de soleil qui vole. C’est une chrysalide. Pour moi, la fée se place ailleurs que dans une figure humaine.
Ce sont des questions de croyances. Comment les gens s’arrangeaient au travers des mythes et légendes pour arranger leur réalité. Aujourd’hui, cela prend une autre forme. Mais les archétypes qui ont été inventés à l’époque pour illustrer ça et le rejet de la norme, je trouve que ce sont des archétypes qui sont très forts, très intéressants, très beaux. Et qui résonnent encore très fort aujourd’hui. Dans d’autres circonstances, mais on est toujours dans cette espèce de rejet de la marge.

T.NDA : Tu disais que tu voulais mettre en place un jardin de plantes tinctoriales. Est-ce que c’est quelque chose qui est en cohabitation avec la cueillette sauvage ? Puisque la cueillette ne te permet pas forcément d’avoir les mêmes plantes au même moment que le jardin, comment t’organises-tu aujourd’hui pour recueillir tes matériaux ?

MF : La cueillette sauvage, c’est le principal. C’est aussi pour ça que je me suis installée à la campagne.
Quand on est en ville, la cueillette sauvage est très réduite. Même si on peut faire plein de choses avec le plantain et les végétaux de bord de route, il n’y en a pas beaucoup. On aimerait bien qu’ils restent.
Là, j’ai une forêt à 200 mètres, avec de la bruyère, du chêne, du châtaignier, du genêt… pas mal de classiques. Je fais très attention à la façon dont je cueille, parce que la forêt est belle comme ça, je n’ai pas envie d’épuiser mes collaboratrices, mes ressources. D’en laisser aux animaux, aux insectes, à tout le monde.
C’est comme ça que je compose mon jardin. C’est maintenant la deuxième année, je retrouve mes compagnons du printemps dernier, tels types de papillons… Et j’essaie au fur et à mesure de faire grandir cet écosystème-là.
Après, j’ai encore des commandes de certains pigments que j’achète chez un fournisseur de teinture naturelle en annexe, pour certaines couleurs. Parce que je vois que si je ne travaillais qu’avec les ressources locales, j’aurais un très grand panel de nuances, mais pas un grand panel de couleurs.
Mais l’idée, c’est au fur et à mesure de pouvoir faire toutes mes couleurs, et le jardin, ça prend énormément de temps. Je suis en train d’apprendre, je ne suis pas jardinière à la base. J’ai pensé à faire une formation pour avoir le savoir-faire. Mais bon, j’apprends sur le tas.
Par exemple, j’ai planté du pastel. Mais, une fois qu’on l’a planté et qu’il a grandi, encore faut-il le transformer. La transformation du pastel, c’est tout un savoir-faire spécifique, plus compliqué que l’indigo encore, qui n’est pas juste une infusion comme je ferais pour mon jaune. Là, il faut cueillir les feuilles à un certain moment, les faire tremper dans de l’eau pour faire un purin qu’on laisse pendant un an, puis en faire des petites boules compactes, faire sécher ces petites boules…
L’idée ce serait de mettre des cuves de récupération d’eau de pluie, parce que selon la qualité de l’eau, la couleur change. Donc voilà, ce sont des expérimentations à faire.
Là, par exemple, malheureusement, cet été j’ai raté pas mal de couleurs. Il faudra attendre l’année prochaine.
En fait, moi, j’ai des rendez-vous avec la nature. Avec le réchauffement climatique, il y a des choses qui changent. Là, il a fait trop chaud d’un coup, trop tard, mais trop vite. Là, il a fait trop froid d’un coup, trop tôt, mais trop vite aussi. Et donc ça, ça change tout le système d’un coup. Si tu n’avais pas cueilli telles plantes, maintenant elles ont gelé, tant pis. Et puis, si tu n’as pas prévu assez d’eau l’été, tu ne pourras pas récolter. Il faut faire avec les aléas aussi.
Je suis le travail de pas mal de producteurs et de productrices. Et je me rends compte à quel point c’est compliqué. Il y en a plein qui laissent tomber. Parce que c’est trop difficile. Déjà, le métier en soi est très difficile, mais en plus là, avec les aléas climatiques et tout, ça devient vraiment des enjeux assez compliqués.

Entretien de Thérèse Nicollon des Abbayes pour l’exposition personnelle Glaner le vivant, cueillir la révolte, teindre le mystère, à la médiathèque Grand M, Toulouse, 2026
Une exposition des Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse, coproduite avec la médiathèque du Grand M.

Auteur·e

Thérèse Nicollon des Abbayes est chargée d’expositions en région Occitanie aux Abattoirs, Musée-Frac Occitanie Toulouse. Elle est diplômée d’un master d’histoire de l’art (Nantes, 2016) et d’un master 2 en muséographie muséologie (UPPA, 2018). De 2021 à 2025 elle est responsable de l’espace d’exposition du Majorat à Villeneuve-Tolosane. Au travers de ses projets de diffusion de l’art contemporain, elle s’attache à œuvrer au plus près des publics, des territoires, et au service de la création.

Notes

  1. [l’œuvre Flux énergétique - La forêt temple, sacrée - Cœur de nos solstices
  2. [Sauvagerie douce – Un portrait de l’artiste Margaux Fontaine, par Dounia Chemsseddoha