L'économie de marché(r)

1997

Série de trois sculptures
Paniers en doum
80 cm
Trois pièces uniques (une version masculine, une version féminine et une pour enfant)

Un objet anthropomorphe à valeur d’usage potentiel. Comme en attente de contenu, ce panier au design artisanal ludique est mis en action dans le soukh, en créant un dialogue critique avec la vie quotidienne marocaine. Les échos plastiques entre corps et nourriture s’expriment par un jeu de mots visuel, assemblant le commerce comme vecteur de communication humaine avec la préoccupation première de populations démunies : la nécessité de se nourrir.


Pascal Beausse


Polysémie interprétative: de l’œuvre à son exposition

Les œuvres de Rodolphe Huguet s’élaborent au croisement d’observations, de réalités et de procédures techniques appréhendables par chacun. Mais le lieu d’où Rodolphe les interroge fait qu’un sens second se dégage. L’interprétation s’en trouve densifiée, sans dissoudre pour autant l’évidence de la perception immédiate. La simplicité des formes ou de l’énoncé dissimule la polysémie dont les œuvres sont porteuses.

En présence du panier anthropomorphique réalisé en 1997 à Fès, au Maroc, l’identification visuelle est immédiate. Que l’on soit un enfant de la Médina ou un adulte, averti ou non des codes de l’art contemporain, on est de plain-pied avec cette figure, qui évoque le pittoresque des marchés méditerranéens. À la réflexion, et en prenant connaissance du titre de l’œuvre — L’Économie de marché(r) —, on réalise que cette association de l’image d’un corps et d’un réceptacle de nourritures interroge la viabilité de cette économie vivrière traditionnelle à l’ère de la grande distribution et du commerce international. Par ailleurs, l’œuvre a été utilisée par Rodolphe dans différentes situations, en conversation avec lui devant un étalage de marché et à dos d’âne dans la Médina. Regroupées sous le titre générique de « La Croisière printanièr du contrebandier », ces performances mettent en valeur le mode de communication interpersonnel qui s’attache aux opérations commerciales du souk.

Ce cheminement mental se précise quand on voit la peinture regroupant l’ensemble des œuvres et actions de la série. Elle a été réalisée trois ans plus tard, à New Delhi, en collaboration avec des peintres affichistes du cinéma indien, et porte le titre emblématique de Transhumanity. Bien que ne s’attachant durablement à aucune technique et tout en liant les problématiques et les matériaux de ses œuvres à un temps et à un contexte donnés, Rodolphe a développé au fil des années une capacité à réinterpréter des œuvres anciennes, à prolonger leur histoire en les adaptant à de nouvelles situations d’exposition, sur la base de connexions de sens renouvelées. Au stade de maturité artistique qui est le sien, la cohérence de son langage plastique apparaît clairement. Fidèle à son positionnement artistique et humain, il redouble d’ingéniosité dans les dispositifs créatifs qu’il élabore et dans les paraboles qu’il imagine pour se mettre à l’écoute du silence assourdissant de la violence et de la misère du monde. Il le fait avec un mélange de gravité et d’ironie. Sans illusion sur la capacité de l’art à résister au rouleau compresseur de l’économie de marché, mais convaincu, à l’instar d’Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, qu’« il y a plus de chemins et d’horizons dans le tremblement que dans la toute force ».


Stéphane Carrayrou

L’économie de marché(r), 1997, vanneries en doum réalisées en collaboration d’un artisan vannier de la Médina de Fès, Maroc

L’économie de marché(r), 1997, vannerie en doum réalisée en collaboration d’un artisan vannier de la Médina de Fès, Maroc, 80 cm, vue de l’exposition personnelle Roro Circus in Cévènes, Musée des vallées cévenoles, Saint-Jean-du-Gard, 2022, photo Jean-Christophe Lett

La croisière printanière du contrebandier, 1997, photographies argentiques sur dibond, 40 x 60 cm, actions dans les ruelles de la médina de Fès, Maroc, 1997

La croisière printanière du contrebandier, 1997, photographies argentiques sur dibond, 40 x 60 cm, actions dans les ruelles de la médina de Fès, Maroc, 1997

Transhumanity, 2000, peinture à l’huile sur 12 tableaux de bois avec chassis, réalisée en collaboration avec un peintre affichiste de cinéma indien, 300 x 400 cm, détails

Transhumanity, 2000, peinture à l’huile sur 12 tableaux de bois avec chassis, réalisée en collaboration avec un peintre affichiste de cinéma indien, 300 x 400 cm