Forêt
2010
Série de sept sculptures
Paniers, osier brut
Hauteur 262, 256, 250, 248, 242, 232, 220 cm
À travers son travail, l’artiste met en rapport l’expérience esthétique et les contextes historique et social de cette expérience. Sa pratique opère sur le décalage constant de l’expérience et des contextes, il s’agit pour lui de brouiller les chemins de la connaissance, de déterritorialiser jusqu’à ce que se produise la fraicheur de la rencontre. C’est à travers le savoir-faire, territoire de la connaissance, d’une histoire qui passe par la fabrication et les matériaux, que Rodolphe Huguet explore et bouscule les usages et les idées reçues. À l’ère des démonstrations numériques et de l’obsolescence continue des innovations, l’utilisation de techniques dénuées de toutes formes de technologie affiche d’emblée une position politique. Des techniques traditionnelles de fonderie de bronze, que l’artiste s’approprie et détourne, à la vannerie d’osier dont il se sert pour faire des paniers de plus de deux mètres de haut, des amplificateurs potentiels de son ou des « écorces » de buches en chêne, l’artiste fait des savoir-faire, et de la rencontre des cultures qui va avec, la clé de voute de sa pratique. On pourrait dire des œuvres de Rodolphe Huguet qu’elle s’attachent au vernaculaire avec passion et ingéniosité. Elles sont le fruit d’une déterritorialisation heureuse. Et tout cela tient éminemment du politique.
Si le panier d’osier symbolise l’accumulation des richesses, l’accumulation des paniers pourrait renvoyer au vertige d’une opulence suspecte et dangereuse, d’autant plus encore si ceux-ci revêtent des proportions démesurées. Dire qu’il y a dans cette œuvre composée d’une série de contenants géants un rapport direct à la situation économique du monde version 2010 serait sans doute un peu rapide, il y a cependant dans cette multiplication de paniers devenus troncs ondulants une sensation de perte. Les œuvres en osier s’organisent et dessinent une forêt dansant une chorégraphie hypnotique et sensuelle, sorte de chant des sirènes à l’adresse des spectateurs égarés. Récipients d’éventuelles richesses dont l’accès n’est possible qu’au seul moyen de leur chute, les arbres-paniers, avec leurs douces courbes féminines adoptent une attitude de défi.
« Une œuvre d’art, lorsqu’elle est placée dans une galerie, perd sa charge, et devient un objet transportable ou une surface désengagée du monde extérieur. », écrit Robert Smithson dans son célèbre texte Cultural Confinement. « Une salle blanche éclairée est encore une soumission au neutre. Les œuvres d’art vues dans de tels espaces semblent être dans un état de convalescence esthétique. » Au regard des sculptures présentées ici, il est évident que Rodolphe Huguet a intégré la dimension anesthésiante du contexte muséal, il l’a comprise et engage au travers de ses œuvres une lutte contre le neutre, contre le désengagement du monde. Elles se présentent alors comme des objets actifs, des formes valides et opérantes qui semblent adresser un croche-pied aux emprisonnements culturels de toutes espèces.
Guillaume Mansart
Forêt, 2010, 7 paniers géants en osier brut, 262, 256, 250, 248, 242, 232, 220 cm, vue de l’exposition collective Nouvelle vague, Musée des Beaux-Arts, Dole, 2010
Forêt, 2010, 7 paniers géants en osier brut, 262, 256, 250, 248, 242, 232, 220 cm, vue de l’exposition collective Nouvelle vague, Musée des Beaux-Arts, Dole, 2010
Forêt, 2010, 7 paniers géants en osier brut, 262, 256, 250, 248, 242, 232, 220 cm, vue de l’exposition collective Nouvelle vague, Musée des Beaux-Arts, Dole, 2010