Paparazzi

2012-2021

Tirage jet d’encre sur papier baryté Hahnemühle 315 g
50 x 70 cm et 100 x 140 cm

Les célébrités d’Hollywood occupent une place toute particulière dans l’industrie du rêve et de l’imaginaire. Usant de l’aura des personnages qu’ils incarnent dans les fictions, ces modèles de réussite sont des égéries globalisées, dont les comportements sont scrutés et imités partout sur la planète.

À la fois personnes à éviter et vecteurs essentiels de visibilité médiatique, le rapport que les célébrités entretiennent avec les paparazzis est très ambigu. Les stars se doivent d’êtres vues pour exister, et en même temps tentent de se cacher, car la réification permanente – façon Truman show, apparaît comme invivable au quotidien. Tout nous montre qu’elles ont une vie «normale» (elles achetent du papier toilette au supermarché, ramassent la crotte de leur chien), mais en veillant néanmoins à afficher les symboles d’une classe à part (villas, plages paradisiaques, golf). Leurs activités peuvent d’ailleurs être «sponsorisées» par des marques qui voient là un placement de produit pertinent au vu des affects engagés.

Dans Paparazzi, Mazaccio & Drowilal utilisent et détournent les images de ces photographes, souvent décriés pour leur voyeurisme et leurs méthodes, et nous proposent une typologie de comportements de célébrités (Les titres sont explicites: À la plage, Font du surf, à moto, Au match…). Dans une interview, Mazaccio en explique la génèse :

Ce travail est parti d’une incompréhension en constatant que dans beaucoup de photos people, les personnes tenaient des gobelets Starbucks. C’était avant que la firme ne multiplie ses cafés en France. Je trouvais cela vraiment absurde, et en cherchant à comprendre, je me suis rendue compte à quel point les peoples photographiés avaient toujours les mêmes panoplies et les mêmes activités.
Quelques années plus tard, Starbucks a ouvert en France, et je voyais bientôt proliférer ces gobelets en papier si caractéristiques. (…)
Il y a un vrai mimétisme. Ces images diffusent des modèles de vie. Elles ont un pouvoir énorme, c’est pour cela qu’on a envie de les décortiquer, en les faisant un peu disjoncter.

Les silhouettes de stars sont donc patiemment détourées, triées par type et recollées sur des fonds rappelant les wallpapers ultra-retouchés qui ornent nos écrans. Avec cette accumulation, on passe du scoop de la personne isolée à un effet de foule, de St-Tropez à la Palavas-les-Flots en quelque sorte. Le geste des artistes reste néanmoins visible, comme pour induire une lecture déconstructiviste.

En reconfigurant ces modèles hors de leur contexte initial, les artistes neutralisent la charge sensationnelle inhérente à ces images, et mettent à nu l’idéologie et le modèle de société qui se cache à leur surface.


S.D.