Sur les pas de Samba Diallo

2019-2022

Résidence de création et exposition collective
Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal
Programme en partenariat avec l'Institut Français de Dakar et la Maison Salvan, Labège
Avec le soutien du Conseil Départemental de la Haute-Garonne et la DRAC Occitanie

L’Institut Français de Dakar (Sénégal), au travers de sa Galerie Le Manège, et le centre d’art contemporain, la Maison Salvan (Labège, France), ont invité cinq artistes pour mettre en perspective par leurs pratiques, l’œuvre majeure de Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure Ambigüe.

Pour ce projet, nous avons extrait du livre des questions que nous avons projeté sur l’architecture de Dakar. Relevant les tensions entre les différentes matières de la ville et leurs usages, nous jouons ici avec le vocabulaire formel proposé par ce paysage urbain. La recherche prolifère vers des formes hybrides entre maîtrise et laisser-faire, entre fragilité et brutalité.

Dans cette déroutante rencontre avec Dakar, nous avons été saisies par la beauté de l’imparfait, de l’étant. Nous nous ne vivons pas dans un monde publicitaire, les matières s’effritent, vieillissent, se complexifient. Les bricolages, les à-peu-près, les réparations, les solutions pragmatiques de Dakar et d’ici regardent le monde dans les yeux. Et le poétisent. Ce rapport au monde fait appel à un regard actif qui demande du du temps d’acceptation et du temps d’usage.

Une succession de différentes expériences et recherches sur des matériaux (sable, terre, ciment, verre), a donné lieu à plusieurs pièces ou séries de pièces.


Cheikh Hamidou Kane, dans son célèbre roman L’Aventure ambiguë1 , a proposé le récit du parcours de Samba Diallo, depuis les traditions partagées collectivement, au Fouta-Toro, jusqu’aux bancs de “l’école des blancs” puis de la Sorbonne à Paris. La force littéraire du livre et sa dimension initiatique universelle ont favorisé le fait que les lecteurs occidentaux s’y reconnaissent. Des personnes ayant connu une époque d’emprise coloniale produisant irrémédiablement du bouleversement – voire l’effondrement d’un monde comme l’a pensé Chinua Achebe2 –, s’y retrouvent certainement plus intimement. À partir du domaine des arts visuels, cette exposition propose un défi : porter un regard polysémique et poétique sur le roman de C. H. Kane et ses enjeux (réactualisés dans notre époque), et ce, depuis les deux rives du monde qu’a connu Samba Diallo. Elle est le fruit d’une résidence de Sophie Bacquié, Laura Freeth, Douts, Kan-si, Babacar Mbaye Diouf. Elle se poursuivra par une deuxième séquence de résidenceexposition à la Maison Salvan à Labège, en France, au printemps. […]

Sophie Bacquié et Laura Freeth s’intéressent à l’architecture, aux paysages et aux matériaux qui les caractérisent. Naturellement, elles ont entamé leur résidence pour ce projet par une exploration de Dakar depuis le Plateau et en allant vers la Médina. Elles en ont prélevé des motifs. Elles ont aussi pu observer dans le bâti des tensions entre des mouvements d’érection et de chute, entre des dynamiques de construction et de déconstruction. Dakar renvoie des images aussi vivantes et vibrantes que chaotiques et incertaines. Les fers à béton, dépassant des immeubles, évoquent des étagements fantômes ; les murs peints avec cette peinture noire, isolante, parlent de murs absents qui viendront se ramifier à eux ; plus globalement, nombre de chantiers semblent aussi frais qu’érodés… Ce sont ces contradictions et ces dualités, que transpire le tissu urbain, que les artistes ont choisi de travailler, comme pour opérer un parallèle matériel et poétique avec ce que pouvait évoquer C. H. Kane au sujet de l’itinéraire de Samba Diallo. Ainsi, leur travail “construit” des éléments entre eux, façonne des compositions avec ce qui n’aurait peut-être pas dû se côtoyer. Différentes séries mobilisent le béton et le verre avec un équilibre à la limite de la rupture ; le poids du premier matériau permet, certes, de dresser et de tenir le second mais, ce faisant, il le fragilise tout autant. Au travers de certaines pièces, les artistes viennent aussi dialoguer avec la technique du souwère en apportant une dimension picturale à l’assemblage de matière qui vient d’être décrit. Parfois, elles intègrent des images : d’une part, trois plans séquences simples, filmés lors de leur résidence au Sénégal ; d’autre part, des images fixes qu’elles ont ramenées de France où, depuis décembre 2018, des manifestations violentes se produisent. Leur travail parle de soin, de possibles coutures entre des opposés : des vitres de téléphones – les nouveaux souwères ? – brisées deviennent des objets précieux, quoique étranges ; des départs de colonnes en banco, mortier traditionnel, viennent ” s’architecturer ” avec les colonnes de la salle d’exposition à la facture très industrielle. Le travail évoque le re-fabriqué à partir du débris et regarde droit devant malgré les obscurités du présent.


Extrait du texte Rythmes et Heurts de Paul de Sorbier, reponsable, Maison Salvan, à propos de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo à la Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal

  1. Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë, Julliard, 1961
  2. Chinua Achebe, Le monde s’effondre, Éditions Présence africaine, 1966

Vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal

Vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal


Cette série de peintures sous-verre est une chronique déssinée du quotiden, parfois accompagnées de textes, parfois non, parfois brisées puis “réparées” avec du béton, disposée sur une version étirée, en béton, d’un banc en bois venu de la rue.

Vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal


Dans cette série de transferts sous verre d’images de manifestations pendant lesquels nous brandissons des extraits du livre, les vitres sont aussi brisées, réparées et montrées.


Cet ensemble est composé de petits blocs de béton dans lesquels sont figées des vitres brisées de téléphone, glanées dans la rue. Du téléphone ne reste que la partie sensibles du touché, du geste, du corps empris dans cette matière est-il vestige ou artefact?

Titre, année, nature, technique, dimensions, en collaboration avec Laura Freeth, vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal

Titre, année, nature, technique, dimensions, en collaboration avec Laura Freeth, vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal, détail

L’étreinte du réel, 2020, série de vidéos, en collaboration avec Laura Freeth, boucle, projection sur béton, 50 x 28 cm, vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal, détail

Vue de l’exposition collective Sur les pas de Samba Diallo, 2020, Galerie Le Manège – Institut Français, Dakar, Sénégal