LA NEF ÉPHÉMÈRE
2018
Résidence de recherche et exposition
En collaboration avec Laura Freeth
LA NEF ÉPHÉMÈRE, Villematier
CARTELS DE CHAQUE OEUVRE
LA NEF ÉPHÉMÈRE accueillait l’été des artistes en résidence à Villematier. Ce vieux chai reconverti en atelier, se transformait en lieu de création et d’exposition. Invitées pour une dizaine de jours nous avons décidé d’en faire le portrait à travers plusieurs propositions plastiques. Chacune avec son langage, l’une travaille la matière, le volume, l’autre peint, dessine, représente, nous abordons toutes deux les espaces du paysage et de l’architecture par des jeux de prélèvement, d’empreinte, d’impression.
Digérer le réel
Rendez-vous à 10h. Les voitures sont chargées. Un petit café et nous partons.
Les paysages traversés sont plats, cultivés, minimal rural - pas de quoi surcharger la vision - nous laissant disponibles aux détails.
À notre arrivée nous découvrons la Nef, un bâtiment à la carrure d’un décor de western, esseulée, érigée entre champs de maïs et de blé. Lumières, nuages, ciel, arrosage automatique, nous sommes aux aguets. Autour de nous, cinq autres artistes trouvent leur place installant un peu de soi jour après jour.
L’opération consiste à trouver les zones d’alignement de nos univers respectifs. Nous avons toutes les deux la même énergie. Beaucoup. Dix jours permettent de trouver le rythme. Manger, s’étirer, lire, parler, arpenter. Il s’agit d’échanger images et idées, de discuter visuellement. Un langage de signes apparait. Un vocabulaire de formes, matières et motifs émerge.
L’urgence de faire avec le matériel embarqué, sortir des formes, des objets, nous fait aller droit au but.
Au fil des sessions de marche, de séances photo, nous nous focalisons sur les matières du site et les inventorions ; bâti, minéral, végétal, naturel et manufacturé.
Nous dessinons, découpons, gravons, sérigraphions, projetons, collons, imprimons. Les combinaisons se déclinent et se resserrent, nous composons. Nous dressons le portrait de la Nef dans un registre complexe d’expérimentations graphiques.
Ça pourrait continuer, les transformations, les passages de forme à contre-forme, de positif à négatif sont in- finis. L’édition est une manière de figer un moment dans le jeu, de donner à voir un arrêt sur image. Il faut une pause longue, un faux fixe.
En parallèle, nous effectuons des gestes simples.
Nous faisons des choix drastiques de perspective, de contours, en contre point avec la complexité et le foisonnement de la publication.
Découpe de formes empruntées au lieu directement dans un cadre, sous verre. Accrochés au mur, ce sont les matières des briques, enduits, parpaings qui composent la peinture.
Petits coffrages en bois, les chutes de papier découpé au fond de ces moules, coulées de béton successives, la matière ultime de la construction moderne devient dessin.
Une lentille d’agrandisseur photo trouvée sur place et nous en faisons un dispositif de regard du paysage face à la Nef, dans lequel nous pouvons placer des dessins. Autant de projections hypothétiques et poétiques de nos formes dans les champs, la forêt, le ciel. Un petit appareil interactif, manipulable, ouvert à l’autre.
Nous avons été au plus proche du lieu et avons apprivoisé l’environnement. Nous pouvons ranger l’atelier, faire émerger nos pièces, les terminer, les regarder.