Preuves Fragiles et imparfaites.

Sylvie Vayrac

Au commencement, la découverte et l’exploration d’un lieu, puis l’image saisie par l’artiste : une architecture abandonnée au végétal, un mur inachevé ou partiellement détruit, une cabane de planches, une caravane définitivement échouée, l’image fabriquée, celle que l’œil transmet, que le corps reçoit et que le cerveau incorpore à ses mémoires. Un no man’s land peuplé d’ombres, de présences furtives où le paysage empreint de la main de l’homme, à la virginité depuis longtemps effacée, à la frontière de tout à la marge, à la périurbanité latente, héberge l’éventualité de la reconstitution d’une scène à partir de fragments conservés et de bribes d’images oubliées.


Parfois, un personnage pris sur le vif, prend littéralement corps et interpelle le spectateur par sa présence totale, suspendue.


Les sujets sont révélés par la peinture dans une forme de fragmentation ou de pixellisation que l’œil reconstitue instantanément, intégrant simultanément toute la richesse contenue dans la peinture.


De la même façon, les scènes dévoilées par l’association de plusieurs pièces au moment du montage concentrent la diversité contenue dans chaque élément de l’ensemble et amènent le spectateur à se projeter, au-delà de la narration, dans l’imbrication des possibles. Quand aux couleurs, elles définissent les lieux mêmes de la peinture. La palette de Sophie Bacquié est inhérente à son regard et ne saurait être autre, c’est cette évidence qui est au cœur du travail de l’artiste.


Parallèlement, l’artiste recherche d’autres propositions graphiques ou picturales par le travail des séries ou « en série », reproductions multiples, reliquats des passages, effacements, assemblages, désassemblages, jeux chromatiques, séries monochromatiques, effets de perspectives, répétition du sujet. Là, où tout semble viser la justesse, se crée délibérément une incertitude, un trouble.


L’artiste utilise l’huile ou l’acrylique ou les deux, selon les sujets ou les périodes. Dans les derniers travaux, elle peint sur l’envers de la toile apprêtée, l’acrylique liquide imbibe la toile, se diffuse, perturbant la maitrise du geste et amorçant de nouvelles approches. Le sujet apparait à travers la trame qui devient ainsi le grain de la peinture et rappelle la trame photographique initiale. Le travail du portrait fait également son apparition révélant des personnages étranges et pourtant familiers oscillants entre fiction et réalité comme autant de preuves fragiles et imparfaites qu’éprouver le réel suppose de le réinventer.

Texte à propos de l’exposition personnelle Preuves Fragiles et imparfaites de Sophie Bacquié à l’Escal, Nailloux, de Sylvie Vayrac, commissaire.