La Double Absence - version cinéma
2026
Film
24 minutes
Réalisation Socheata Canto-Aing
Montage Socheata Canto-Aing et Adrien Canto-Aing
Co-production Sâmleng production
Avec le soutien financier de la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie
C’est une histoire qui pourrait être un film : il y a deux ans, Socheata Aing a retrouvé une dizaine de pochettes de CDs sur lesquelles étaient inscrits des lieux et des dates, en français ou en cambodgien, qui renfermaient de précieux souvenirs enregistrés par son père il y a bien des années.
Un grand ménage de l’appartement familial et le hasard d’un début de printemps ont poussé l’artiste à revisionner ce qui était entreposé là depuis des lustres et que personne n’osait déplacer, comme en attente d’une suite. Sur son écran d’ordinateur, elle redécouvre alors les visages aux traits familiers capturés par son père quand ses filles étaient petites, le sourire de sa mère en voyage, des paysages de France et du Cambodge que les parents ramenaient – pour les partager – d’un bout à l’autre de la famille dispersée entre les deux pays. La barre d’immeuble de banlieue parisienne dans laquelle une partie des Aing a grandi succède à la maison cambodgienne ouverte sur l’extérieur dans laquelle les autres sont restés.
Ici, les festins se partagent autour d’une longue table serrée entre les murs roses recouverts de cadres dorés ; là, ils s’étendent au dehors, par terre et plus gigantesques encore. D’une séquence à l’autre, les gestes d’une prière se répondent, en écho mais ré-adaptés à l’espace dans lequel elle se partage, à la langue dans laquelle elle se comprend, aux petits devenus grands, et aux vivants qui font sans les absents.
Les souvenirs partagés entre ici et là-bas se sont empilés, ont circulé et se sont entassés sur un coin du bureau de l’appartement familial et dans la tête de l’artiste. Alors, ouvrant les pochettes de CDs avant qu’elles ne finissent par prendre véritablement la poussière, Socheata Aing s’est attachée à poursuivre l’œuvre de son père. À ses yeux, elle a associé les siens. À travers eux, tenté de voir ce qu’ils regardaient avant elle. Après eux, composé de nouvelles images, écrit la suite qu’il aurait sûrement voulu. Ici et là, les figures grandissent et finissent par disparaître. Partout, toutefois, un bouquet d’encens se consume pour faire perdurer leur mémoire et les inviter à rester là, toujours un peu, avec soi.
Au nom d’un père, d’une soeur et des ancêtres partis avant que le film ne soit monté, les deux écrans de La Double Absence sont une co-réalisation semi-posthume et une passation magique. Une collaboration entre les vivants et les morts, entre une fille et son père, entre un artiste sans le savoir et une artiste qui a tout fait pour le devenir, avec lui, grâce à lui, peut-être aussi pour lui.
Horya Makhlouf
Adrien Canto-Aing, affiche pour le film La Double absence, 2026
© Adagp, Paris
La Double Absence - version cinéma, 2026, film, 24 minutes, bande annonce
La Double absence - version cinéma, 2026, film, 24 minutes, photo Vincent Beaume