Vues de l'exposition Survivre métier à suivre

2024

Vues de l'exposition personnelle Survivre Métier à Suivre
La Terrasse espace d’art, Nanterre, 2024
Commissaires Emmanuel Posnic et Patrick Viveret

La Terrasse espace d’art poursuit son exploration de l’éthique du care. Du 27 janvier au 30 mars 2024, elle accueille Rodolphe Huguet pour une exposition monographique intitulée Survivre métier à suivre.

Sculpture, installation, photographie, vidéo, écriture, … : si la pratique artistique de Rodolphe Huguet est multiple, sa cohérence réside dans le soin qu’il apporte à la relation au contexte. Au contact des habitant·es, de l’histoire culturelle d’un territoire donné, il croise art, artisanat et fonction sociale en préservant le piquant de l’humour et le sérieux d’une démarche concertée.

C’est en arpenteur infatigable que l’artiste installe son atelier nomade, toujours à l’affût des signaux faibles que renvoie la société. Et c’est en détournant les objets du quotidien, en mettant à contribution les personnes qui gravitent autour de ses projets (entre autres les habitants des quartiers pauvres à Delhi, les marchands du souk de Fès, les extracteurs de pierres précieuses au Brésil) qu’il parvient à se faire le chroniqueur d’un monde abîmé par les inégalités croissantes.

Si Rodolphe Huguet dresse un tableau sombre du paysage contemporain, il ne s’interdit surtout pas d’être facétieux, tant que ses œuvres produisent des ricochets et que son propos préserve l’essence de sa démarche : l’attention qu’il porte aux autres et peut-être encore plus à ceux que l’on n’entend pas.

Comment rendre visible celles et ceux que la société a rendu invisible ? Telle est la question que Rodolphe Huguet s’est posée lorsqu’il a répondu à l’invitation de La Terrasse. La marginalisation des personnes est le reflet d’une société qui ne sait plus trouver ses ressources dans le soin et le collectif.

Pour La Terrasse, Rodolphe Huguet construit une proposition artistique qui révèle la réalité crue du déclassement social tout en soutenant la possibilité d’un sursaut commun. Aux côtés d’associations, de lycéen·es et d’habitant·es, avec des personnes précaires ou reléguées, il réalise un « kit de survie » à l’usage des sans-abris : sac-cabas, couvertures chaudes, verres pour quémander quelques pièces. Tous floqués d’un slogan qui se joue malicieusement des codes de la publicité: « Ma vie n’a plus de batteries » ; « Dessinez-moi un toit, svp » ; « La précarité est une pandémie sans frontières »; « La raison ne fait plus crédit. Merci » ; « Mes journées sont un marathon sans pognon » ; etc…

Dedans-dehors. Rendre visible dans le lieu d’exposition, mais également en dehors. Avant même qu’elle ne prenne place entre les murs de La Terrasse, l’exposition avait déjà essaimée dans les rues de Nanterre, La Défense et Paris. Par le kit de survie, elle s’était infiltrée au cœur de l’action des associations d’aide aux sans-abris et mal logés comme le figurent certaines photographies, enregistrements sonores ou vidéos réalisées par l’artiste lors de maraudes, d’ateliers collectifs ou au gré de ses arpentages solitaires en ville. C’est ici que les slogans prennent sens lorsqu’ils sont récupérés par les SDF. Et c’est dans la salle d’exposition, où l’on retrouve agencés certains éléments du kit, que l’autre facette du projet se déploie : servir de porte-voix aux plus vulnérables, célébrer les valeurs humanistes face au règne de l’argent et de l’individualisme.

Rodolphe Huguet l’exprime sans pour autant saturer l’espace d’un discours moralisateur ou compassionnel. Là encore, l’humour et la satyre servent de contre-feu . Un dialogue ouvert avec des œuvres plus anciennes.

D’autres œuvres plus anciennes viennent dialoguer avec cette installation. Parmi elles, deux « motifs » récurrents du travail de l’artiste ressurgissent : le hamac et la tuile. Le hamac sur lequel est reproduit une route bitumée raconte l’errance forcée de la rue autant que la paresse et l’inactivité dans lesquelles on assigne bien souvent les démunis. La tuile, que l’artiste avait appris à travailler aux côtés d’artisans à Marseille, ici transformée en valise ou en masque, identifie le rapport distendu à la terre, aux origines mais qualifie également le toit, l’abri, la protection.

La vie digne. C’est en creux le message que nous transmet Rodolphe Huguet. Remettre la dignité des personnes au cœur du débat public plutôt que de se conformer aux obsessions identitaires du moment. Rompre avec cette spirale infernale des oppositions stériles que décrit Cynthia Fleury quand « la vie digne des uns s’édifie sur la vie indigne des autres », un schéma largement porté par notre ère de l’anthropocène.

Ou encore le philosophe et essayiste Patrick Viveret, commissaire associé de cette exposition. Tout en stigmatisant la séquence régressive que nous constatons devant l’accroissement des inégalités sociales, la barbarie des guerres et notre aveuglement face à l’urgence climatique, il décrit le temps de la métamorphose, plus radical mais aussi plus créatif que celui inabouti de la transition. Un temps durant lequel l’intelligence collective se mettra au diapason d’une « communauté de destin terrestre » comme l’espère Edgar Morin. Cette « humanité en voie d’apparition », telle que la dessine Patrick Viveret, commence par « Place à l’humanité ! », un manifeste humaniste dont il est cosignataire et que La Terrasse relaiera durant l’exposition, à travers plusieurs rendez-vous publics et de nombreux·ses invité·es.


Communiqué de presse de l’exposition


Découvrez l’édition Où dormir , réalisée suite à l’exposition personnelle Survivre Métier à suivre.

Survivre Métier à Suivre, vue de l’exposition personnelle, La Terrasse espace d’art, Nanterre, 2024, photo Line Francillon

Survivre Métier à Suivre, vue de l’exposition personnelle, La Terrasse espace d’art, Nanterre, 2024, photo Line Francillon

Rien, 2000, gants tricotés, tressés, liés en laine, 160 x 240 cm, photo Line Francillon

Rencontre n° 1, Nanterre, 2023-24, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, photo Line Francillon

Rencontre n° 1, Nanterre, 2023-24, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Rencontre n° 12, Gare du Nord, 2023-24, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Rencontre n° 12, Gare du Nord, 2023-24, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, photo Line Francillon

Survivre Métier à Suivre, vue de l’exposition personnelle, La Terrasse espace d’art, Nanterre, 2024, photo Line Francillon

Rencontre n° 2, Nanterre, 2023-24, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, détails, photos Line Francillon

Survivre Métier à Suivre, vue de l’exposition personnelle, La Terrasse Espace d’art, Nanterre, 2024, photo Line Francillon

Rencontre n° 3, Nanterre, 2023, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, anciennes sculptures, photo Line Francillon

Rencontre n° 8, La Défense, 2023, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, anciennes sculptures, photo Line Francillon

Rencontre n° 8, La Défense, 2023, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Rencontre n° 8, La Défense, 2023, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Rencontre n° 3, Nanterre, 2023, installation, distribution de photographies d’œuvres sur couverture, sacs, textes sur habits, autocollants, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Rencontre n° 1, Nanterre, 2023, installation, distribution de photographies d’oeuvres sur couverture, sacs… textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, photo Line Francillon

Rencontre n° 1, Nanterre, 2023, installation, distribution de photographies d’oeuvres sur couverture, sacs… textes sur habits, autocollants, gobelet, anciennes sculptures, détail, photo Line Francillon

Sans titre, 2023-24, photographie dos bleu, collage d’autocollants dans l’espace public, photo Line Francillon

Sans titre, 2023, photographie imprimée sur dos bleu. Collage d’autocollants dans l’espace public, photo Line Francillon

Bronze n° 2176, 2005, (Caméra de surveillance), sachet de café, branche, en bronze, patine noire, photo Line Francillon

Affiches

Doublure, 1997 - 2024, installation, tissages en laine et autres éléments, sac imprimé, photos Line Francillon

H.L.M, 2022, sculpture in-situ de vers à soie dans casier, peinture grise, cocons, 60 x 40 x 4 cm, photo Line Francillon

Doublure, 1997 - 2024, installation, tissages en laine et autres éléments, sac imprimé, détail, photo Line Francillon

Faites sonner les cloches, 2023-24, vitrail de photos des rencontres, photo Line Francillon

Camp de base, 2000, installation, tissage en pashmina réalisé par une femme tibétaine réfugiée, ondulations, mouvements d’un moteur d’essuie-glace, photo Line Francillon

Camp de base, 2000, installation, tissage en pashmina réalisé par une femme tibétaine réfugiée, ondulations, mouvements d’un moteur d’essuie-glace, photos Line Francillon