L'intraitable beauté du monde, exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier
2026
Vues de l'exposition personnelle
Galerie AL/MA, Montpellier
Le titre de cette exposition se réfère au livre d’Edouard Glissant et de Patrick Chamoiseau, L’intraitable beauté du monde : adresse à Barack Obama1
et situe ainsi le contexte dans lequel Rodolphe Huguet a choisi de développer son travail d’artiste. Dans cette lettre, datée de 2008, les deux écrivains martiniquais s’adressent au 44ème président des États-Unis, premier africain-américain à accéder à la Maison Blanche, et appellent à une réflexion entre poétique et politique sur ce que pourrait être le monde de demain.
« Rodolphe Huguet est un artiste prolifique et nomade. Ses créations, de toutes matières, du textile au verre et au papier, de la terre cuite au métal et aux objets détournés, sont, pour reprendre le titre d’un recueil de poèmes de Blaise Cendrars, « du monde entier ». »2
Dans la monographie qui lui est consacrée et dont Pascal Beausse a écrit le texte, l’attitude de l’artiste révèle une disponibilité attentive à ce qui l’entoure, une volonté de rendre le monde manifeste, sensible, flagrant, criant parfois. « L’art de Rodolphe Huguet consiste en un pragmatisme poétique du faire avec. Faire avec la Terre et ses habitants. Faire avec la jubilation de la trouvaille, de l’invention et de la débrouille. Faire avec les rêves et le hasard heureux. Faire avec la vie. Le travail de l’artiste, c’est de créer des formes qui disent le monde dans lequel elles apparaissent. Mieux qu’un ouvrage de théorie culturelle : une œuvre de Rodolphe Huguet – un tissage, un pliage, un bricolage. Extension du domaine de l’activité artistique : la vie continue. Un shoot de réel, c’est ce qui donne une bonne pièce. »3
Cette exposition à la galerie AL/MA rassemble une quinzaine d’œuvres issues de séries différentes, réalisées avec des protocoles variés : masques africains inspirés par des fragments de vieux paniers d’osier, sacralisés en bronze poli ; une cimaise confectionnée à partir de tiges de ronce en bronze blanc [Cyma n°2, 2008, ronces en bronze, voile de peinture carrosserie blanche, 145 x 187 x 5 cm] ; des cagettes froissées [Le jardin des délices] en peuplier, déchets ordinaires transcendés picturalement par l’héritage du tableau de Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Ou encore ce Nid d’aile, une aile d’automobile, élément de carrosserie auquel est intégré un nid d’hirondelle. Selon Pascal Beausse, « les Nids d’ailes [2009, aile de voiture cabossée, nid d’hirondelle, résine pulvérisée, peinture carrosserie métallisée vernie, 106 x 58 x 15 cm] procèdent d’une greffe instantanée entre deux mondes incompatibles : l’automobile et les oiseaux. Des nids d’hirondelles fusionnent avec des ailes de voitures. En écho à un vocabulaire architectural de pilastres ou d’encorbellements, l’acier froissé devient un support à l’habitat d’animaux s’affirmant dans leur liberté. Ces sculptures organiques forment l’idée d’une harmonie improbable, née de la collision motorisée et d’une intelligence vitale. »4
Présentes également, ses sculptures caméras [Bronze, 2005-2006, bronze] qui « ironisent sur un état de fait, en s’appuyant sur un sens aigu de la dérision pour affirmer une conscience politique. Les caméras de surveillance de Rodolphe Huguet sont d’abord un assemblage de matériaux sans valeur. Emballage de biscuits grand ouvert, carton ondulé, branche tordue, piquante, bouteille de lait, brique de jus de fruit… Dans ces restes qui pourraient être ceux d’un goûter au milieu des bois, l’artiste puise ses formes, des volumes presque simples qu’il assemble. Une boîte sur une branche de rosier, une bouteille posée sur un pied fixé au mur, différents modèles, différentes tailles, tous placés en hauteur, braqués sur la zone d’espace qu’ils surplombent… Ces caméras ont quelque chose de grotesque et d’amusant qui pourrait presque les rendre sympathiques. Rodolphe Huguet joue évidemment de la contradiction. Celle qui oppose un objet menaçant (les caméras de surveillance) à des formes de textures quotidiennes (les bouteilles, les emballages…). Celle qui oppose la pauvreté de ses matériaux d’origine, à la valeur, tant historique qu’économique, du bronze. Celle enfin qui oppose la fonctionnalité effective des caméras à la fonctionnalité subjective de ses sculptures. » 5
Rodolphe Huguet sollicite régulièrement le bronze, matériau qui impose un respect et une autorité, une durée et finalement une valeur économique et symbolique. Autant d’éléments qui contrastent avec la nature et la fonction modestes de l’objet répliqué. La série des Masques, [2009-2010] fragments de paniers en osier en bronze, procède de la même intention, transformer un objet usé, associé au rituel du marché, vers une sculpture révélant un masque, une parodie de visage, moqueur ou menaçant. « Pour les Pomo, peuple indigène de Californie, l’esprit du panier loge dans le décor tressé, c’est son village. » 6
Qu’elles fassent l’éloge de la liberté, en dénonçant la précarité ou l’aliénation et en détournant les pratiques, les œuvres de Rodolphe Huguet sont le témoignage de partages de savoir-faire et d’expériences, d’une transmission des usages liés aux pays dans lesquels il a vécu : “De nature curieuse, j’observe en permanence ce qui m’entoure. Je guette, je fouine afin de retrouver la chaîne et la trame de n’importe quel réseau de situations. Cette énergie dans le mouvement m’apporte les éléments culturels et politiques nécessaires à mon compost. Cela peut m’amener à des travaux très mûris qui se développent dans le temps comme à des actions quasi immédiates à même la rue et ses passants.” Ne s’interdisant aucun matériau ni technique, l’artiste invente, assemble, détourne, créant des objets, sculptures, assemblages hybrides et incongrus dans un processus toujours réinventé.
« Tout le travail de Rodolphe Huguet consiste à créer des objets dialectiques qui engendrent une mise en crise de leurs modèles. Il tire ses réalisations de l’univers de la consommation industrielle ou vernaculaire et les déplace en termes sémantiques. Sa réflexion sur les modes de production lui permet de libérer les formes de la gangue de la marchandise pour leur donner une portée critique. »7
Communiqué de presse de l’exposition
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- Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, L’intraitable beauté du monde : adresse à Barack Obama, Editions Galaade, Institut du tout-monde, 2008 ↩
- Paul Ardenne, Rodolphe Huguet Les gens pressés sont déjà morts, AP Web, Artpress, 13 mars 2022, sur l’exposition de l’artiste à la galerie Telmah, Rouen ↩
- Pascal Beausse, extrait de Roro Manifesto, publié dans Rodolphe Huguet, monographie, monografik éditions, 2009 ↩
- Pascal Beausse, extrait de Roro Manifesto, publié dans Rodolphe Huguet, monographie, monografik éditions, 2009 ↩
- Guillaume Mansart, (Dé)faire le Panoptique, extrait, publié dans le catalogue monographique de l’exposition Villagesousurveillance, 2006 ↩
- Claude Levi Strauss, Regard sur l’objet, in Regarder, écouter, lire, Paris, Plon, 1993, p. 160-167 ↩
- Pascal Beausse, extrait de Roro Manifesto, publié dans Rodolphe Huguet, monographie, monografik éditions, 2009 ↩
Vos armes / Nos larmes, 2004-2026, tirage numérique, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
Transhumance, 2014, installation, 30 tongs en verre, fil de fer barbelé, sable de silice, dimensions variables
Bronze n° 2170, 2005-2006, bronze (caméra), 2,17 kg, emballage de café, bois de pommier avec lichen en bronze, patine noire, photo Paula Granoux Vidal
Bronze n° 1975, 2005-2006, bronze (caméra), 2,17 kg, boîte de biscuits, patine noire, photo Paula Granoux Vidal
Bronze n° 3095, 2005-2006, bronze (caméra), 3,095 kg, emballage de jus de fruit, ronces en bronze, patine noire, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
Jardin des délices, 2025, série de tableaux sur cagettes en peuplier, plié, déformé, impacts, peinture à l’huile, ciment, plâtre, brûlures, cendres, bombe aérosol fluorescente, photo Paula Granoux Vidal
Jardin des délices, 2025, série de tableaux sur cagettes en peuplier, plié, déformé, impacts, peinture à l’huile, ciment, plâtre, brûlures, cendres, bombe aérosol fluorescente, photos Paula Granoux Vidal
Jardin des délices, 2025, série de tableaux sur cagettes en peuplier, plié, déformé, impacts, peinture à l’huile, ciment, plâtre, brûlures, cendres, bombe aérosol fluorescente, photos Paula Granoux Vidal
Nid d’aile, 2009, aile de voiture cabossée, nid d’hirondelle, résine pulvérisée, peinture carrosserie métallisée vernie, 106 x 58 x 15 cm, collection particulière, photo Paula Granoux Vidal
Nid d’aile, 2009, aile de voiture cabossée, nid d’hirondelle, résine pulvérisée, peinture carrosserie métallisée vernie, 106 x 58 x 15 cm, collection particulière, détail, photo Paula Granoux Vidal
Masque, 2010-2011, fragments de vieux paniers en bronze poli, 32 x 36 x 18,5 cm, photo Paula Granoux Vidal
Masque, 2010-2011, fragments de vieux paniers en bronze poli, 31 x 41 x 11, photo Paula Granoux Vidal
Masque, 2010-2011, fragments de vieux paniers en bronze poli, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
L’intraitable beauté du monde, vue de l’exposition personnelle, Galerie AL/MA, Montpellier, 2026, photo Paula Granoux Vidal
Cyma n°2 (cimaises), 2008, ronces en bronze, peinture carrosserie blanche, 145 x 187 x 5 cm, photo Paula Granoux Vidal
Cyma n°2 (cimaises), 2008, ronces en bronze, peinture carrosserie blanche, 145 x 187 x 5 cm, détail, photo Paula Granoux Vidal
Masques, 2010-2011, fragments de vieux paniers en bronze poli, photo Paula Granoux Vidal
Jardin des délices, 2025, série de tableaux sur cagettes en peuplier, plié, déformé, impacts, peinture à l’huile, ciment, plâtre, brûlures, cendres, bombe aérosol fluorescente, photos Paula Granoux Vidal