Fronde
2009-2011
Sculpture
Fronde en tension en bronze, patine noire
Bloc de pierre
110 x 165 cm
Vues de l'exposition Si loin, si proche…Bêtes et hommes
Château d’Avignon, Saintes-Maries-de-la-Mer
Posé sur un rocher de deux tonnes, le lance-pierre de Rodolphe Huguet fait symbole. Pris dans le bronze comme pour affirmer l’infini temporalité de la portée de ce signe, il trône sur son socle projectile. Un rocher de deux tonnes et l’objet dérisoire d’une révolte d’enfant figé dans la matière, deux éléments pris dans la masse contre le temps. S’appuyant sur les codes de la statuaire commémorative (figuration en bronze sur piédestal), l’œuvre en redéfinie les contours, en inverse les rapports de proportions et retourne comme un gant le sens de l’histoire. Ici pas de regard vers le passé, pas de mémoire, mais un signe pour l’avenir, un appel immuable qui aurait tout aussi bien pu être gravé dans le marbre, comme l’affirmation de la permanence d’une nécessité : lutter quoi qu’il advienne.
Pour l’heure, l’objet de la chasse de Rodolphe Huguet n’a rien d’animal. S’il fallait malgré tout désigner un gibier, on pourrait sans doute délimiter son territoire naturel à quelques quartiers d’affaires de grandes capitales du monde, et à divers palais impériaux de nos démocraties laissés à l’abandon de prédateurs politiques. Ennemi sans contour à la violence insidieuse, ce que poursuit l’artiste n’a pas plus d’odeur que d’empreinte, une force invisible aux mille vies. Et finalement, plus que d’une chasse, c’est d’une fronde dont il est question ici. La polysémie du titre de l’œuvre l’affirmait dès le départ.
Les révoltes de Rodolphe Huguet ont la peau dure, elles ont une ambition qui dépasse le projet personnel et convoque une force collective. Fronde est un appel à faire bloc pour lancer le pavé dans la mare d’un monde dénervé et désorganisé. L’œuvre est l’endroit de la cristallisation des énergies séditieuses. La contradiction entre le mouvement dynamique de la fronde en tension, qui annonce l’imminence d’un lancer, et l’immobilité de l’objet gelé dans l’action, figure l’ambivalence du désir et de l’impuissance. En même temps qu’elle renvoie à cette envie d’en finir avec les archétypes de l’organisation de la société contemporaine, la fronde évoque le sentiment que cette pierre jetée à la face du monde ne pourrait être au final qu’un gros caillou jeté dans l’eau. Et si la patine du bronze donne à l’instrument innocent des airs d’armes de poings, l’œuvre n’en reste pas moins équivoque.
Guillaume Mansart, Immobile, extrait. Lire le texte en entier.
Fronde, 2009-2011, fronde en tension en bronze, patine noire, bloc de pierre, 110 x 165 cm
Fronde, 2009-2011, fronde en tension en bronze, patine noire, bloc de pierre, 110 x 165 cm