On a perdu le paysage.
Claire Muchir
« La grande assiettée d’eau bleue était posée devant elle, en plis doucement allongés s’étendaient les dunes vertes donnant l’impression de s’enfuir vers un paysage lunaire, inhabité des hommes »
– Virginia Woolf, La promenade au phare, 1927
Les sourciers cherchent l’eau dans les failles des pierres.
Personne ne cherche le feu. Car c’est toujours lui qui vous trouve.
En août 2025, un incendie dévaste les Corbières. Le feu court la garrigue. Lui et le vent. Seuls jusqu’à la nuit tombée, jusqu’à ce que le monde tombe.
Des pompiers qui luttent jusqu’au soleil levé.
Valérie du Chéné assiste avec les habitants de son village à la destruction du paysage par les flammes.
On a perdu le paysage
mais on va bien.
On a perdu le langage
mais on continue à parler.1
Feu et vent avalent le monde et recrachent de petits cailloux vidés de l’eau évaporée. Une croûte qui vous abîme les pieds. Et sans qu’on s’en aperçoive, l’eau monte au ciel.
On a perdu le paysage
tout autour de nous,
sauf les pierres.
La cendre blanche, la pierre noire. Et sans qu’on s’en aperçoive, la lune tombe sous nos pieds.
On l’imaginait brillante. Elle est d’une pâleur à faire peur.
On était si content de se parler, de faire du café, de se réconforter dans le paysage
devenu blanc cendré.
Alors à tâtons commence l’exploration. Foulant le sol de la lune nouvelle, l’on se souvient de la terre.
On ne peut pas s’en empêcher, et tant pis pour les yeux mouillés.
La nostalgie des ciels étoilés en plein été, des soirées sur des terrasses à sentir les odeurs portées par le vent tombé.
Des souvenirs qui nous font un peu mal car ils serrent délicatement le cœur.
J’ai réussi à dessiner vite une nouvelle série de gouaches
mais en noir.
La couleur est arrivée un peu plus tard.
Le souvenir bleu, et vert, et violet, des éclats jaunes et ce ciel rose qu’on disait en feu, avant que le feu ne nous trouve et ne nous réveille, dans nos maisons, dans nos chambres, dans nos lits, tout endormis dans nos jolis draps blancs.
Depuis hier soir j’ai commencé une série de paysages d’aplats en couleur à la gouache.
Je m’autorise toutes les teintes même celles qui ne sont pas évidentes dans le paysage.
Que faire ? Sur la lune, les yeux séchés, vivre.
Que faire d’autre ? Sortir ses couleurs et sa baguette de sourcier.
Puis se baigner nue dans des mers éteintes et des larmes salées.
Alors on saura.
On saura que de l’eau sortira à nouveau une vie bleue.
On saura que l’horizon sera un cadeau fait par le paysage, à nouveau retrouvé.
Vue de l’exposition personnelle On a perdu le paysage, Galerie du Tenyidor, Collioure
On a perdu le paysage, 2025, série de 22 gouaches sur papier, 21 x 29,7 cm chacune
On a perdu le paysage, 2025, série de 22 gouaches sur papier, 21 x 29,7 cm chacune
On a perdu le paysage, 2025, série de 22 gouaches sur papier, 21 x 29,7 cm chacune
On a perdu le paysage, 2025, série de 17 gouaches sur papier, 29,7 x 21 cm chacune, photo Nicolas Lafon
On a perdu le paysage, 2025, série de 17 gouaches sur papier, 29,7 x 21 cm chacune, photo Nicolas Lafon
On a perdu le paysage, 2025, série de 22 gouaches sur papier, 21 x 29,7 cm chacune
On a perdu le paysage, 2025, série de 22 gouaches sur papier, 21 x 29,7 cm chacune
On a perdu le paysage, 2025, série de 17 gouaches sur papier, 29,7 x 21 cm chacune, photo Nicolas Lafon
On a perdu le paysage, 2025, série de 17 gouaches sur papier, 29,7 x 21 cm chacune, photo Nicolas Lafon