Sans Titre

2005 - 2006

Série de vingt sculptures
Caméras en bronze
Dimensions variables

La rurbanité selon Rodolphe Huguet. Les signes de l’urbanité sont créolisés par le vernaculaire campagnard. C’est une fiction critique distillée dans la réalité quotidienne d’un petit village français. L’importation d’une violence scopique inquisitrice. Mais les caméras n’enregistrent rien. Elles sont en bronze et assemblent les formes d’emballages alimentaires, de bouteilles en plastique, de canettes de bière pour le corps de la caméra, et de branches d’arbres pour son support. La paranoïa sécuritaire attachée à la vie urbaine investit les champs et la quiétude pastorale.

Pascal Beausse


Les caméras de surveillance de Rodolphe Huguet sont d’abord un assemblage de matériaux sans valeur. Emballage de gâteaux grand ouvert, carton ondulé, branche tordue, piquante, bouteille de lait, brique de jus de fruit… Dans ces restes, qui pourraient être ceux d’un goûter au milieu des bois, l’artiste puise ses formes, des volumes presque simples qu’il assemble. Une boîte sur une branche de rosier en forme de « L », une bouteille posée sur un pied fixé au mur, différents modèles, différentes tailles, tous placés en hauteur, braqués sur la zone d’espace qu’ils surplombent… Ces caméras ont quelque chose de grotesque et d’amusant qui pourrait presque les rendre sympathiques. Mais ces ersatz, réalisés avec une évidente économie de moyens, restent inquiétants. Tous sont percés, et ce trou, l’ouverture du paquet de gâteaux, le goulot de la bouteille …, semble être l’œil par lequel déjà s’enregistrent nos moindres mouvements. Entre une évidente dérision et un trouble suspicieux, l’objet reste incertain. (…)

L’opportunité de sa résidence à Villers-sur-Port a, en effet, permis à Rodolphe Huguet de s’essayer à un médium historiquement et institutionnellement marqué : le bronze. Un matériau qui semble affirmer une autorité, comme un signe à l’adresse de l’histoire, une matière « noble » qui résiste au temps, une « valeur sûre ». L’artiste tente cette expérience du bronze en collaborant avec une fonderie d’art locale, la seule entreprise de ce village déserté par toute forme de commerce ou d’industrie. À l’initial assemblage des volumes succédera la transformation des objets en sculptures, mais pour cela il faut imaginer une technique nouvelle. Car le travail du bronze est complexe, il nécessite un savoir-faire spécialisé que l’artiste ne maîtrise pas à son arrivée ; et la difficulté de rendre parfaitement les formes pensées en amont l’oblige à développer une méthode de travail singulière. Pas de moulages possibles sur les fines surfaces cartonnées de ces boîtes. Les différents éléments du modèle, sont alors recouverts d’une mince couche de cire, pour permettre à la matière d’avoir une épaisseur, avant d’être placés directement dans les cylindres qui accueillent le bronze en fusion lors de la coulée. Et ils brûlent, ne laissant que leur empreinte dans le plâtre des cylindres contenant le bronze. Une fois ciselés, les divers morceaux des caméras rendent avec une remarquable précision les infimes détails de leur composition. La texture même du bois, les ondulations du carton sont restituées. Les objets paraissent gelés dans la matière sculpturale.


Guillaume Mansart, (Dé)faire le panoptique, extrait. Lire le texte en entier.

Vue du montage, 2005