Les Souffles

2020

Installation in-situ
Chapelle du Fort Saint-André, Villeneuve lez Avignon
Sol vinyle, textes transférés, photographies sous résine
Dimensions variables

“J’ai recueilli de la part de chaque personne un message vocal de leur histoire et une photo. Lors de la résidence à La Chartreuse et avec le soutien de certains auteurs j’ai retranscrit leur parole, un passage de l’oral à l’écrit.”


En murmure, la parole des témoins. Dans la chapelle, à l’instar d’un ex-voto recouvrant le sol, Les Souffles rassemble des textes et des images, témoignages de personnes ayant vécu le chaos, séisme, éruption, cyclone, tsunami. Parler pour dire l’incommunicable, rassembler les vécus pour communiquer une idée de l’histoire comme destin commun, au-delà de l’espace et du temps, prendre conscience d’appartenir à l’humanité et s’apaiser.



Céline Mélissent, La Résilience des Lieux, extrait. Lire le texte en entier.


Je ne connais pas trop les dates mais je connais les jours. J’oublie souvent.

Le mardi, ça a commencé vers dix-sept heures, l’éruption du volcan.

À partir de dix-huit heures, on a vu, comment vous dire, comme des nuages avec le feu qui monte. Karthala, c’est le nom du volcan, à côté de mon village. On a vu du feu avec des trucs qui montent et qui font plein d’effets.

Ça commence ce jour-là.

Le deuxième jour, c’est le mercredi, ça commence à trembler vraiment.

Le mardi c’était moins fort que le mercredi, ça a commencé à monter, à monter, à monter jusqu’au jeudi. On a vu du feu qui monte, même les gens avaient peur que le volcan vienne tout ravager, tellement c’était terrifiant.

Le vendredi, à partir de six heures, le soleil monte et on n’a pas vu le soleil parce que ça faisait comme dans la nuit avec beaucoup de fumée. À partir de neuf heures, il y a le sable qui a commencé à descendre jusqu’à à peu près dix-sept heures ou dix-huit heures.

Le vendredi aux Comores, on fait la prière, du coup on était obligés d’allumer des lumières et de prendre une lampe de poche dès qu’on sortait de la maison.

Le volcan n’a pas coulé mais il faisait des mouvements de menaces.

J’étais pas trop petit, j’étais grand, j’avais peut-être quinze ou seize ans.

Ça a duré quatre jours, mais il y a des jours comme le jeudi où la police et l’armée sont venues dans le village à côté du volcan pour amener les vieilles personnes, les déplacer plus loin.

Il était violent.

Il y a des personnes qui ont préparé leurs bagages car il faisait peur.

Et cette année, il pouvait descendre car il faisait beaucoup de menaces. Il y a des personnes de ma famille qui ont été déplacées pour aller dans un autre village. Comme ma sœur, elle était petite, du coup elle est partie et beaucoup de personnes sont parties, les enfants, les femmes enceintes.

Parce que, comment vous dire, dans mon village ou dans mon quartier, il faisait beaucoup de menaces par rapport à d’autres quartiers. Notre région était plus menacée que d’autres. Il était très proche de mon village mais pas trop. Et des personnes qui vivaient dans notre région sont venues chez nous, car eux ils étaient encore plus proches.

Le sable qui est descendu, a tué, abîmé les plantes et les bananiers.

Et les gens ont utilisé le sable pour construire les maisons tellement il y en avait.

Il y a des associations, comme l’Unicef, qui sont venues pour nettoyer le sable qui descendait dans le village et pour nettoyer les citernes d’eau. Car aux Comores, il y a beaucoup de citernes et elles n’étaient pas protégées. Ils sont venus chez moi aussi protéger les citernes avec des tôles.

Depuis cette éruption-là, il n’a jamais été aussi destructeur.

Mais des fois, on voit les fumées et on sent des tremblements.

Mais ça n’a jamais duré comme cette fois-là, pendant quatre jours.



Texte extrait de l’installation, Grande Comore, éruption volcanique, 00 : 09 : 36 , 2015


Les Souffles, 2020, extrait de l’installation sonore

© Adagp, Paris

Les Souffles, 2020, installation in-situ, sol vinyle, textes transférés, photographies sous résine, dimensions variables