Margaux Fontaine.

Pauline Faure

Glyphes menaçants
plumes dans le vent d’automne -
Pouvoir des étoiles
,
2020, soupe de clous, tataki zomé, fils à broder, ruban, toile, 270 x 170 cm

Margaux Fontaine puise dans un folklore générationnel et éclectique
pour composer son propre univers, riche de symboles universels et de
personnages récurrents.
Engagée dans l’écoféminisme, l’artiste utilise la figure de la sorcière
comme étendard pour porter un nouveau regard sur la puissance des
femmes, l’inquiétude qu’elles suscitent révélant leur potentiel de pou-
voir. Elle neutralise les connotations caricaturales en multipliant ses
modèles issus du monde du dessin d’animation, mais aussi d’autres
cultures (japonaise, hindoue ou celte).
Des indices d’ambivalences ponctuent les compositions complexes de
ses grandes tentures peintes à la rouille de fer, ou martelées de feuilles.
L’écoféminisme est aussi un engagement la poussant à éviter tout ma-
tériau polluant et chimique. Les titres de ses œuvres sont des haïkus
mystérieux, qui rejouent l’immédiateté d’un geste (sa technique n’au-
torisant pas le repenti) et la volonté d’envelopper une complexité dans
un espace restreint.
Glyphes menaçants / Plumes dans le vent d’automne / Pouvoir des
étoiles.
Le danger, le risque, sont aussi des forces de vie.
L’artiste nous incite à déplacer notre regard, à accepter l’ambivalence
comme profondément humaine, dans le sens où cette acceptation nous
permettra de faire lien avec la nature, au-delà des clichés qui cloi-
sonnent les archétypes et n’autorisent ni porosité ni fragilité.
Les figures dessinées sur les tentures semblent s’effacer,
et s’imbriquent les unes dans les autres pour mieux signifier
cette ouverture à l’instable. Margaux Fontaine compose en liberté, distillant des messages d’engagement et de nécessaire reconnexion, sans pour autant imposer des grilles de lecture qui figeraient. Elle laisse les teintes s’entrecroiser et fait surgir des signes ponctuant la composition avec des fils de broderie qui soulignent aussi la matérialité d’une trame qui unit l’ensemble.

Texte critique publié dans le catalogue de l’exposition Sol! La biennale du terri-
toire #1 Un pas de coté
, MO.CO. Panacée, Montpellier, 2021