Les éditions Païen : rencontre avec Lia Pradal.

Elodie La Horden

Lia Pradal, Duplex Arelas, 2022, livre, 15 x 26 cm, risographie, 16 doubles pages pliées, 100 exemplaires, risographie

Les montagnes de Massat abritent une maison d’édition que l’on peut qualifier de tout à fait atypique : Païen. Créée par Lia Pradal et Camille Tallent, elle aime à « explorer les ombres et recoins de la culture ». Plongée dans ces profondeurs avec Lia Pradal.

Comment en êtes-vous venue à l’édition ?
J’ai commencé à travailler dans l’édition pendant ma licence de design à Toulouse, puis aux Beaux-Arts de Paris où je me suis spécialisée dans le livre d’art. Je me suis installée en Ariege suite à mon exposition de fin d’études des photos et obiets revisités prenaient place dans une grange abandonnée du Couserans, où j’ai mes racines familiales. Et l’ai cofondé Païen, qui a publié une vingtaine de livres d’art et de photographie depuis 2015. Si le terme « maison d’edition » est pratique, il est aussi réducteur car Païen n’a pas un fonctionnement traditionnel. Comme j’assure la ligne et la conception graphique des ouvrages, c’est en quelque sorte la vitrine de mes passions.

Dites-en nous plus sur ces différents métiers.
Comme graphiste, je conçois des éditions originales pour des photographes, écrivains, musiciens, institutions.. comme artiste, je réalise des livres-objets sur commande ou au cours de résidences, tel Duplex Arelas, une relecture du patrimoine antique arlésien.
Comme éditrice, je publie des « beaux-livres » comme Collectionner les tombes, une archive photographique sur l’art funéraire dans le monde ou bien Sink-hole un « cut-up » sur le thème des volcans inspiré d’H. Tazieff. « L’archive ressemble à une forêt sans clairière : en y demeurant longtemps, les yeux se font à la pénombre, ils entrevoient l’orée. ». Cette phrase d’Arlette Farge témoigne bien de mon approche générale : mon rôle est de m’immerger dans un sujet et de proposer au fil des pages un parcours graphique pour y naviguer.

Les sujets abordés dans vos ouvrages sont peu courants; quelles sont vos sources d’inspiration?
Mes éditions adviennent après une rencontre artistique étonnante ou la découverte d’une archive méconnue. Mon leitmotiv est de proposer un œil contemporain sur des contenus patrimoniaux, à l’instar de Holy Mountain, un catalogue alternatif de peintures du Musée des Augustins, qui met en scène les montagnes, jusqu’alors reléguées dans les arrières-plans des tableaux.

Quelle est l’actualité pour 2024?
Je travaille sur le fonds Eugène Trutat, premier conservateur du Muséum de Toulouse et pionnier de la photographie qui a laissé des milliers d’images des Pyrénées. Je prépare par ailleurs un catalogue sur les publications indépendantes issues des mouvements de « retour à la terre » qui peuplent le Couserans depuis les années 70. Je vous invite ainsi à me contacter si vous possédez de telles éditions pour enrichir le projet !
J’ai aussi la joie d’animer un workshop et de présenter mes livres lors du Zoom photo en Couserans.

Entretien publié dans Le Colporteur, magazine culturel de la Communauté des Communes Couserans-Pyrénées, numéro 18