Alison Flora.

interview with Alison Flora

Quelles sont les trois dates essentielles qui ont marqué votre carrière ?


2018 : année du sang, où je retrouve un ami de longue date, William, qui est infirmier. Il m’accompagne dans mon projet de peindre avec mon sang, en m’effectuant des prises de sang, en m’apprenant les gestes, le protocole. C’est pour moi un évènement clé, dans une période compliquée de ma pratique, où je m’essoufflais. La premiere peinture que je réalise me permet de retrouver des sensations dans le dessin et la peinture, de découvrir une force autonome particulière qui me pousse à l’interroger et la dompter, encore aujourd’hui.


2021 : Relaunch the Dream Weapon, ma première exposition personnelle sur une invitation de l’artist-run-space parisien Goswell Road. On y entre et ressort de mes peintures, dans un labyrinthe de portes et de fenêtres, en même temps on déambule dans un espace épuré, un appartement arlésien haut de plafond avec de belles moulures qui résonnent avec certains details des peintures. À cette occasion sort ma première monographie qui comprend la genèse de tout mon travail, un ensemble de dessins automatiques, de croquis, que le réalise quotidiennement dans mes nombreux carnets de croquis.


2022 : La Cérémonie, une exposition en duo avec Floryan Varennes à la Maison des arts Georges et Claude Pompidou, qui témoigne d’un premier réel dialogue entre mon travail et celui d’un autre artiste, qui porte un intérêt particulier a l’univers médiéval. Une découverte et mise à nu de ma pratique du dessin dans sa globalité – peintures, animations, dessin mural, carnets de croquis – qui donne suite à de nouveaux questionnements et de nouvelles révélations


Comment la peinture est-elle devenue votre médium de prédilection ?


Il m’a fallu un certain temps pour que je nomme peinture ce que j’ai longtemps considéré comme du dessin. Le dessin est le cœur de ma pratique, il m’accompagne au quotidien depuis mon enfance comme un moyen de me recentrer sur moi-même et de canaliser des pulsions, des peurs, des angoisses. Ce dessin je l’ai expérimenté avec différents médiums : mine de plomb, fusain, feutre, jus de grenade… Et sang. « Dessiner » pour la premiere fois avec du sang m’apparaît comme une évidence, il s’agit ici de peinture et ce fluide deviendra ma seule et unique palette de couleurs. Je découvre le travail de couche comme en peinture, afin de créer des profondeurs et des teintes, j’apprends une certaine forme de patience entre les temps de séchage des couches – ce qui sera au départ tres frustrant, car le résultat est moins instantané que le dessin.


La peinture est-elle immortelle ?


La peinture, en tant que dynamique peut se renouveler perpétuellement, face au bouleversement des époques, à la mutation des cultures. Je pense que son essence demeure. Non seulement l’œuvre survit a l’artiste. mais elle semble survivre à la société qui l’a produite. La peinture a en ce sens, un caractère intemporel. Elle est destinée à resister au va-et-vient des generations tout en se réinventant continuellement.

Interview published in the catalogue of the group show Immortelle, Vitalité de la jeune peinture figurative française, MO.CO. Panacée, Montpellier, France, 2023

CATALOGUE

Immortelle, Vitalité de la jeune peinture figurative française, collective catalogue, directed by Caroline Chabrand, Anya Harrison et Deniz Yoruc, MO.CO. Panacée, Montpellier, France, co-edition Silvana Editoriale, Milan, 2023